Non au MCE Deep Water development à Pau

Publié le 23 Mars 2016

Non au MCE Deep Water development à Pau !

 

Total reçoit à Pau le sommet des pétroliers offshores du 5 au 7 Avril 2016. Les entreprises Shell, Exxon, Repsol, BP, parmi d’autres, y participeront. Elles discuteront des marchés stratégiques du gaz et du pétrole en eau profonde. 

Ce sont ces entreprises, avec Total, qui s’accaparent les ressources naturelles et les matières premières des peuples pour leurs profits, au mépris de l’environnement qu’ils saccagent, des sols et des océans qu’ils empoisonnent, de la planète qu’ils polluent et des peuples qu’ils exploitent et oppriment.

Le mouvement écologiste appelle à manifester contre ce sommet. En tant qu’anti-impérialistes, l’OC-FR appelle à se mobiliser contre la tenue de ce sommet.

 

 Ne nous laissons pas enfumer !

 

La COP 21 fut une vaste opération d’enfumage du gouvernement. Aujourd’hui, l’impérialisme français et ses concurrents continuent toujours autant à vouloir nous enfumer. Or le système capitaliste ne peut qu’empirer la situation. 

« L’accord de Paris » du 12 décembre 2015 n’a rien changé. Il ne menace aucun intérêt des groupes industriels et des grandes puissances impérialistes. 

Dans un contexte de concurrence inter-impérialiste, les grands groupes pétroliers sont prêts à repousser toutes les limites, en fermant les yeux sur les conséquences, pour engendrer plus de profits. Ils veulent conquérir de nouveaux marchés et accéder à toujours plus de pétrole, malgré la surproduction qui va nous mener à la pénurie. Le marché est par ailleurs déjà largement irrigué : il y a une suroffre et cela s’intensifie.

Jamais les pétroliers ne se mettront d’accord sur autre chose, ils sont en partie responsables de la catastrophe environnementale, et c’est à nous d’en subir les conséquences.

 

Ni oubli ni pardon !

 

Nous n’oublierons jamais la responsabilité des capitalistes. Ils veulent discuter de l’exploration et de l’exploitation du pétrole en eaux profondes, mais nous n’oublions pas la catastrophe de Deep Water Horizon. La compagnie pétrolière BP qui participe à ce sommet est responsable de la marée noire la plus grave de l’histoire. Sa plateforme pétrolière dans le golfe du Mexique exploitait le puits le plus profond jamais creusé en offshore. En Avril 2010, elle génère une fuite estimée à 4,9 millions de barils, soit 780 millions de litres. L’ampleur des dégâts est incalculable. 50% du pétrole brut serait encore dans l’environnement sous forme de microparticules.

Pourtant ils veulent continuer à forer en mer. C’est le but de ce sommet. 

Les groupes français notamment, qui gèrent déjà des plateformes pétrolières, veulent suivre l’exemple de BP. L’un des premiers actes politiques de Hollande, élu président en 2012, a été de donner des permis d’explorer en eaux profondes à Shell et Total au large de la Guyane, alors même qu’il en avait fait une promesse inverse durant sa campagne électorale, et que les risques écologiques d’une marée noire au large de la Guyane seraient immenses et catastrophiques. Au large de l’Afrique et de l’Antarctique aussi, dans l’Océan Indien, la France a des velléités en haute mer. Rien n’arrête cette soif de profit.

Au sommet de l’état français, Total a donc ses entrées partout. Membre actif de l’Afep, le lobby du Cac 40, les patrons de l’entreprise sont très actifs pour influencer les réformes et la politique économique du gouvernement. 

Avec Total, on se souvient aussi du naufrage de l’Erika en 1999 au large de la Bretagne ou l’explosion en 2001 de l’usine AZF à Toulouse. Et on pardonne rien.

 

Total, ambassadeur de l’impérialisme français

 

Total qui accueille ce sommet est un représentant actif de l’impérialisme français. C’est une « supermajors », c’est à dire l’une des six plus grosses entreprises dans le secteur à l’échelle mondiale, avec notamment Shell et BP. Selon le magazine américain Fortune, elle est l’une des onze plus grandes multinationales. L’entreprise est notamment très présente en Afrique, et de longue date. Ses intérêts y sont immenses et elle y a encore des projets. Comme Areva, elle constitue l’un des piliers de la Françafrique. Elle l’était déjà à l’époque de l’apartheid en Afrique du Sud, pays avec lequel l’entreprise collabore activement pour détourner l’embargo pétrolier international (décidé par l’ONU en 1977) via des pipe-lines secrets en échange d’uranium pour la centrale du Tricastin, dans le sud de la France. 

Christophe de Margerie, l’ancien président de Total, décédé dans un crash d’avion, était avec Bolloré l’un des leaders de l’impérialisme français en Afrique. Il avait fait de ce continent son terrain de développement principal en cultivant son réseau françafricain et en intervenant directement dans les politiques des états africains. Il était un grand ami des dirigeant-e-s les plus corrompus et avait mis en place un système puant les barbouzes et les services secrets, utilisant les réseaux de la défunte Elf (entreprise à l’origine de la création de Total) pionnière de la Françafrique. C’est lui-même qui affirmait en Mai 2010 en marge d’un sommet France-Afrique : « Total a besoin de l’Afrique », « Total a beaucoup plus d’intérêts en Afrique qu’en France ». 

20% des réserves mondiales d’hydrocarbures se situent en Afrique. Plus de 30% de la production de Total s’y trouve. 10% des effectifs du groupe y travaillent. Total est ainsi devenu la première compagnie pétrolière d’Afrique, présente dans 43 pays du continent où il explore, produit, raffine et distribue. C’est le continent où l’entreprise progresse le plus aujourd’hui et cela malgré la concurrence accrue. 

C’est de façon générale le continent où l’impérialisme français est le plus présent. En 2008, le secrétaire d’état à la coopération français déclarait d’ailleurs : « L’implantation des entreprises françaises en Afrique est une de mes priorités. » « On veut aider les africains, mais il faut que cela nous rapporte ». On ne change pas les bonnes vieilles recettes de l’état capitaliste français.

 

L’impérialiste Clémenceau disait :  « chaque goutte de pétrole est une goutte de sang ». Il savait de quoi il parlait, lui qui en 1918 a défini la politique pétrolière de la France, poursuivi sous De Gaulle qui créera plus tard « Elf Aquitaine » pour assurer les intérêts stratégiques de la France lors de la décolonisation et le maintien de sa domination sous une autre forme, néo coloniale. Il n’est d’ailleurs pas anodin que ce soit cette figure politique qui inspire aujourd’hui Valls et Hollande. 

Pour l’OC-FR, cette phrase, bien que prononcée par un dirigeant de l’impérialisme français, est entièrement juste et toujours autant d’actualité. 

Comme Clémenceau jadis, nos dirigeant-e-s sont aujourd’hui prêts à partir en guerre pour l’or noir. En 2011, à propos de l’intervention en Libye, le ministre des affaires étrangères français (Alain Juppé, aujourd’hui candidat à l’élection présidentielle) déclarait : « On nous dit que cette intervention coûte cher, mais c’est aussi un investissement pour l’avenir ». 

En septembre 2011, une lettre du Conseil National de Transition Libyen fuite dans la presse, promettant 35% du brut Libyen à la France. Sous Kaddafi, Total exploitait 15% du pétrole Libyen. Comme par hasard, dès mars 2011, Total est l’un des premiers à soutenir les insurgés Libyens, organisant à Benghazi une rencontre avec des représentants de l’entreprise. 

Le pays est désormais plongé dans un chaos total. La France y est toujours en guerre. Et Daesh profite du chaos pour à son tour prendre le contrôle de puits de pétrole. 

 

Les ambitions des pétroliers sont toujours aussi pressantes en Afrique, à la conquête de nouveaux gisements. Au Congo, le Parc National des Virunga, plus ancien parc d’Afrique abrite les derniers 200 gorilles de montagne (menacés d’extinction) et environ 200 000 personnes vivent des ressources du lac et de la pêche artisanale. Les pétroliers font tout pour s’accaparer ce territoire et en expulser les habitant-e-s malgré l’interdiction de la loi congolaise concernant la présence d’industries d’extraction. 

Des explorations sismiques ont été menées sur le lac Edouard en 2014. Pour cela il a fallu emprisonner les pêcheurs qui s’opposent aux multinationales, certains ont même été tués. Tous les coups sont permis, y compris l’usage de milices armées qui attaquent régulièrement le parc. Une très large part (85%) de la réserve pourrait être transformée en concession pétrolière, et Total, comme la compagnie Soco ne perdent pas de vue les Virunga. Vingt-cinq hectares de forêt y disparaissent chaque minute. 

 

Les peuples d’Afrique n’acceptent pas cette main-mise sur leurs ressources. La France, et son fleuron du pétrole Total sont par exemple en conflit avec Madagascar qui reproche le vol des îles éparses (ou îles Malgaches selon la dénomination du droit international) dans l’Océan indien, revendiquées par le pays depuis plus de 30 ans. Le sous-sol y serait riche en hydrocarbures, dans des quantités estimées au moins aussi importantes que les réserves du Qatar ! Plusieurs manifestations ont déjà eu lieu devant l’ambassade de France. L’OC-FR soutient ces mobilisations du peuple malgache.

 

Il faut dire que Total a déjà causé beaucoup de dommages irréversibles à Madagascar. L’entreprise y exploite aussi des gisements de sables bitumineux, forme semi-solide de pétrole mélangé à de la terre, dont le captage demande énormément d’énergie. Les conséquences environnementales sont dramatiques, avec des impacts sur la biodiversité locale. Les réserves de Tsimiroro, exploitées par Total, sont estimées à 1 milliard de barils de pétrole. Celles de Bemolanga 1,2 milliard de barils. D’autres sites sont explorés. Ces productions raréfient les ressources en eau (il faut six barils d’eau pour produire un baril de pétrole), rejettent massivement du souffre, des métaux lourds, provoquent des pluies acides…

 

En Afrique, il serait impossible de citer tous les crimes de Total, tant ils sont nombreux. En Angola, au Soudan, au Sahara Occidental, au Mali… Partout où le pétrolier passe, il laisse derrière lui une trainée de sang. 

 

Total, à la pointe du crime partout dans le monde

 

Il n’y a pas qu’en Afrique que Total fait couler le sang. En Birmanie par exemple, l’entreprise soutient très activement la junte militaire depuis 1992. La Birmanie est un pays où le régime bouddhiste réprime les minorités nationales et religieuses et fait notamment des Rohingyas des apatrides, les stérilise de force ou encore les soumet en esclavage. L’ONU les reconnait comme « l’une des ethnies les plus persécutées au monde ».

 

Total est le principal investisseur du pays (avec 31,24% du total des investissements). En 2000 l’OIT (Organisation Internationale du Travail) pointait du doigt la pratique du travail forcé, caractérisée comme « une forme contemporaine d’esclavage », y compris dans les structures de Total. L’entreprise n’a même pas nié. Le président de son comité d’éthique déclare en 2001 : « Lorsqu’un cas de travail forcé est porté à notre connaissance, nous nous efforçons d’apporter une compensation ».

En 2012, Total obtient l’acquisition de 40% d’un bloc d’exploration d’hydrocarbures au large du pays. L’aventure en mer continue. Elle continue aussi ailleurs, en Amérique du sud, en mer du Nord, dans l’océan Arctique…

 

Total et ses vallées de la chimie

 

Total a aussi beaucoup investi dans le Béarn et à Pau où se situe une partie de ses activités et où l’industrie chimique est très importante. Les ouvriers-ères du territoire connaissent bien Total. Ce n’est d’ailleurs pas anodin si c’est cette ville qui reçoit le sommet MCE Deep Water Development. 

 

À Pau, Total a profité de la réforme LRU de 2007, pour investir dans l’université. L’objectif est de profiter à long terme d’une recherche gratuite et subventionnée (par l’état et les frais d’inscription des étudiant-e-s) qui serve ses intérêts. Egalement en vue : la formation de ses cadres à la recherche appliquée aux besoins très spécifiques de l’entreprise, ouvrant ainsi des laboratoires en génie pétrolier, en géosciences, géologie des réservoirs et en ressources fossiles, travaillant sur des enjeux qui ne profitent qu’à Total, sans transparence dans la société. Total participe en revanche activement aux instances décisionnelles de l’université. En plus de tout cela, l’entreprise peut profiter d’une manne inépuisable et à bas coût de stagiaires. Quel beau cadeau que la LRU pour les multinationales !

 

Les militant-e-s de l’OC-FR combattent chaque jour dans les universités les conséquences de la loi LRU. Or à Pau nous observons très concrètement son application, au profit d’un grand groupe monopolistique. Le président de l’université lui-même a déclaré vouloir faire de Pau une« pétro-pôle ». Total a implanté un centre scientifique et technique sur le campus, qui emploie près de 3 000 personnes. 

La « collaboration » avec l’université est tellement poussée, que cette dernière travaille à créer en Côte d’Ivoire une école de génie pétrolier pour le groupe Total. Cette école s’inscrit dans le cadre du développement du groupe pétrolier en Afrique, et est pilotée par l’UFR Sciences et techniques de l’université de Pau. En bref, l’établissement apporte son savoir-faire, sa trésorerie et son crédit à Total pour encore plus de Françafrique. En même temps, l’université espère bien que les perspectives de Total en Afrique de l’Ouest constituent un débouché pour ses futurs cadres, formés à Pau.

Pour l’OC-FR, l’université au service des intérêts privés est inadmissible, et contraire à nos luttes qui défendent recherche et savoirs fondamentaux, populaires, accessibles à tous et toutes. Ceci dit, c’est le lot de la société capitaliste que de reproduire des formations professionnelles au service du patronat et des impérialistes, et c’est ce que nous combattons. Pas seulement dans le Béarn mais partout où les capitalistes nous exploitent. Il n’y a pas qu’à Pau que Total concentre à son service la classe ouvrière ou la recherche. C’est aussi le cas dans la vallée de la chimie au sud de Lyon, dans les raffineries de pétrole, ou encore dans le centre de recherche de Solaize. Partout où Total nous exploite, les travailleurs-euses, et l’environnement, nous nous organiserons pour lutter.

 

Impossible de citer tout les exemples, tant Total intervient dans le monde,

mais c’est un système économique global, celui de l’impérialisme,

que nous souhaitons ici dénoncer. 

 

Pour l’OC-FR, il nous faut combattre les agissements de Total, et en dénoncer les conséquences qui sont un pan de l’impérialisme français que nous combattons

 

Tous et toutes contre le MCE Deep Water development !

Non au MCE Deep Water development à Pau

Rédigé par OC Futur Rouge

Publié dans #environnement, #Pau, #Impérialisme

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