Publié le 13 Novembre 2017

Il y a quelques mois, un rassemblement a été organisé en banlieue lyonnaise par des groupes oppositionnels à la ligne de la direction du Parti « communiste » français. Un camarade est intervenu dans le débat sur le bilan de la révolution d’Octobre 1917, pour y apporter un point de vue maoïste. Si notre organisation était présente, c’est parce que nous connaissons la sincérité des jeunes militant-e-s qui cherchent à impulser la lutte à l’intérieur du P « c »F pour rendre ce parti révolutionnaire à nouveau. Certain-e-s d’entre nous y ont cru par le passé, et ont mené leurs premiers combats au sein du P « c »F, avant de se dire qu’il était idéaliste de vouloir ressusciter ce qui était mort et qu’il valait mieux consacrer leur énergie à construire le nouveau parti communiste dont la classe ouvrière a besoin. Nous avions autre chose à faire de nos vingt ans que de servir de force d’appoint à une fraction opportuniste contre une autre, sous prétexte du moindre mal. Nous ne voulons pas que l’énergie des camarades qui se fixent aujourd’hui les mêmes objectifs que nous nous fixions il y a quinze ans, soient détournés de leur but révolutionnaire et conduit dans les ornières de l’opportunisme.

De plus en plus de militant-e-s qui se réclament du marxisme-léninisme s’inspirent des textes du professeur de philosophie italien Domenico Losurdo. La théorie de Losurdo est simple et tordue en même temps : il est entendu que les communistes du monde entier, et spécialement celles et ceux des métropoles impérialistes, doivent se solidariser sans conditions avec les luttes de libération des peuples (c'est-à-dire accepter la lutte « par tous les moyens nécessaires » comme disait Malcom X, prendre parti pour la violence révolutionnaire des opprimé-e-s même si des soldats français doivent mourir en face, ne pas prétendre leur dicter notre propre agenda). Or, pour Losurdo cette solidarité sans conditions doit concerner non seulement la lutte révolutionnaire mais aussi les compromis et les retours en arrière, dictés eux aussi par les cruelles nécessités du réel. Losurdo parle à des militant-e-s qui veulent défendre les révolutions russes et chinoises. Il les flatte dans le sens du poil en leur disant : si vous voulez défendre Lénine et Staline vous devez défendre aussi Brejnev et Andropov (il ne va pas jusqu’à défendre Khrouchtchev, mais le considère comme un ami du socialisme qui se trompe, et non comme un ennemi  qui se cache), si vous voulez défendre Mao, vous devez aussi défendre Deng Xiaoping, Jiang Zemin, Hu Jintao et Xi Jinping (un auteur de la même tendance néo-révisionniste, le belge Ludo Martens allait même jusqu’à dire : si vous voulez défendre la révolution burkinabé de Thomas Sankara, vous devez défendre son assassin Blaise Compaoré). Cette théorie n’est pas matérialiste : Brejnev, Deng Xiaoping et Compaoré ne représentent pas le retour au réel après les « utopies » et/ou les « erreurs » de Lénine-Staline, Mao ou Sankara. Ils représentent la contre-révolution, la restauration du capitalisme par une nouvelle bourgeoisie (et dans le cas de Compaoré, une bourgeoisie compradore au service de l’impérialisme français). Ils sont socialistes en parole, mais capitalistes en réalité. Si nous voulons avancer dans le bilan des expériences socialistes, nous devons saisir cette réalité.

Une critique plus poussée des écrits de Losurdo est à faire. Dans ses derniers écrits, cet infatigable professeur d’inconséquence s’intéresse aux luttes antisexistes et antiracistes, pour en proposer une version aussi inconséquente que sa vision de la construction du socialisme. Nous devons au contraire aider tous les camarades qui veulent défendre l’héritage de Lénine-Staline à ne pas s’arrêter au milieu du chemin, mais à faire la critique du révisionnisme qui a sapé les bases du socialisme en URSS.

Intervention pour le débat de la « Fête Populaire » à l’occasion du centenaire de la révolution d’Octobre

La grande révolution socialiste d’octobre a eu le mérite d’avoir constitué la première expérience de dictature du prolétariat et de transition vers le communisme après les 73 jours de la commune de Paris. Cette expérience a eu lieu dans des conditions extraordinairement difficiles et avec des erreurs inévitables dans un contexte d’encerclement capitaliste. Les démocraties populaires nées de la lutte antifasciste, n’auraient pas été possibles sans les enseignements d’octobre et la victoire soviétique de 1945. Les camarades chinoi-se-s se sont inspiré-e-s des leçons de la Révolution d’octobre, de ses victoires comme de son échec final, pour essayer d’aller plus loin, mais là aussi le capitalisme a été restauré après le coup d’Etat de 1976.

Le camarade Lénine nous enseigne que la transition au communisme est une période où s’affrontent le vieux mode de production capitaliste et le mode de production socialiste à naître.

1991 est la dernière étape de destruction de l'URSS. Mais ce coup d'état de l'intérieur avait été initié déjà depuis Khroutchev et sa politique de renoncement à la lutte révolutionnaire. Ce coup d'Etat avait une base matérielle constituée non seulement d’éléments des anciennes couches bourgeoises, mais aussi de couches bourgeoises nouvelles produites par l’organisation de la production (c’est un élément intéressant du livre de Robert Linhart, Lénine, les paysans, Taylor). Les classes sociales se développent sur une base matérielle préexistante, elles ne peuvent naître spontanément, comme des souris qui sortent du chapeau d'un magicien.   

L’introduction d’éléments de marché privé dans les kolkhozes comme dans les usines a renforcé la base des éléments bourgeois des différentes républiques, qui ont fini par se marcher sur les pieds et par se sauter à la gorge dès avant la chute du mur de Berlin. Les bourgeoisies des différentes républiques ont pu mobiliser les masses pour leurs intérêts, en ravivant un chauvinisme et un racisme qui n’avaient jamais totalement disparu, comme en témoignent les pogroms d’Arménien-ne-s à Soumgaït (1988) et Bakou (1990), organisés par la bourgeoisie azérie.

Être fidèle à Lénine et aux combattant-e-s d’Octobre, c’est lutter contre le dogmatisme et le culte des icônes pour faire le bilan matérialiste qui nous permettra d’avancer vers de nouvelles victoires. Et pour commencer étudier la base sociale du révisionnisme, et étudier la lutte contre le révisionnisme en Chine et en Albanie (qui n’a pas empêché la restauration du capitalisme dans ces pays).

Les enseignements de la révolution d'Octobre doivent devenir accessibles aux masses et servir à préparer les luttes d'aujourd'hui contre le Capital, comme la lutte contre la loi Travail en ce moment même. Cela fait depuis 2010 que la classe ouvrière se mobilise à chaque attaque, à chaque projet de loi, renforçant l'oppression de la bourgeoisie par l'exploitation. L'élan est déjà là, mais il manque la stratégie de combat, élaborée à la lumière d'une théorie révolutionnaire. Il faut s'intéresser à la Révolution d'Octobre pour réfléchir au présent que l'on veut construire et arracher maintenant, et non pas seulement pour rendre hommage et glorifier le passé.

Vive la révolution socialiste d’Octobre, passons des luttes sociales à la révolution !

 

POUR LE CENTENAIRE DE LA REVOLUTION SOCIALISTE D’OCTOBRE 1917
POUR LE CENTENAIRE DE LA REVOLUTION SOCIALISTE D’OCTOBRE 1917

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Rédigé par OC Futur Rouge

Publié dans #lyon, #France, #Lyon, #Théorie

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Publié le 12 Novembre 2017

A propos du referendum au Kurdistan d’Irak

Le 25 septembre dernier, un référendum a été organisé au Kurdistan d’Irak (en kurde : Basûr, le sud) sur la question de la séparation d’avec Bagdad. Les kurdes d’Irak se sont massivement  mobilisé-e-s, et 92,73% ont voté en faveur de l’indépendance. L’armée irakienne, appuyée par les milices chiites  et des troupes d’élites iraniennes, se sont empressé de reprendre la plaine pétrolière de Kirkouk et les autres territoires que le gouvernement régional kurde avait gagné depuis trois ans, à la faveur de la guerre contre Daesh. Les troupes kurdes irakiennes (les fameux peshmergas, dont le nom signifie « ceux qui vont au devant de la mort », bien que cela ait pu parfois prêter à sourire ces dernières années) se sont repliées sans combattre, après quoi le président de la région autonome du Kurdistan et promoteur du référendum, Massoud Barzani, a annoncé sa démission.

Quelques explications s’imposent : sur les 35 à 48 millions de personnes de culture kurde dans le monde, 5 à 7 millions vivent en Irak. Tou-te-s ne vivent pas dans la région autonome du Kurdistan, et tou-te-s les habitant-e-s de cette région autonome  ne sont pas kurdes : il y a également des Assyrien-ne-s, des Arabes et des Turkmènes. 

Deux partis corrompus

Depuis les années 70, les Kurdes d’Irak sont sous l’influence de deux partis rivaux : Le vieux Parti Démocratique du Kurdistan (PDK) fondé en 1946 et l’Union Patriotique du Kurdistan (UPK), fondée en 1975. A leur création, ces deux partis prétendaient mener de front la libération nationale et la révolution socialiste, avant de dégénérer plus ou moins rapidement en partis clientélistes reposant sur des fidélités claniques et féodales. Le PDK est la propriété de la famille Barzani, et représente plutôt les clans du Nord, l’UPK est la propriété de la famille de ses fondateurs : Ibrahim Ahmed (1914-2000) et son gendre Jalal Talabani (1933-2017) et représente plutôt les clans du Sud. Le PDK est lié à l’internationale démocrate-chrétienne comme les partis de Merkel, de Bayrou ou le PNV basque. L’UPK est liée à l’Internationale socialiste, comme le SPD allemand ou le PS français, ou ce qu’il en reste. C’est dire si ces gens ne sont pas nos ami-e-s, ni les ami-e-s des peuples du monde. Chaque parti dispose de sa propre armée de peshmergas, qui n’ont plus grand-chose à voir avec les guerilleros des années 60.

Les idées d’Abdullah Ocalan n’ont jamais trouvé de base sociale pour s’implanter au Kurdistan d’Irak comme elles l’ont fait au Kurdistan de Turquie (Bakur, le nord) avec le PKK, au Kurdistan de Syrie (Rojava, l’ouest) avec le PYD ou au Kurdistan d’Iran (Rojelhat, l’est) avec le PJAK. Le PYD a par ailleurs besoin de la bienveillance de l’UPK pour contourner le blocus du Rojava imposé par les Turc-que-s avec l’aide du PDK.

Après trois ans de guerre civile au milieu des années 90 (pendant laquelle le PDK fera même appel aux troupes de Saddam Hussein) pour savoir qui contrôlerait la région (devenue autonome après la première guerre du Golfe de 1991) Le PDK a mis la main sur la région d’Erbil, riche en pétrole, et l’UPK sur celle, plus petite et plus pauvre, d'As-Suleymanya. Après le renversement de Saddam Hussein, son leader, Jalal Talabani a hérité comme lot de consolidation du titre largement honorifique de président de la République d’Irak (qu’il a légué en 2014 à un de ses bras-droits, Fouad Massoum). 

La diversion d’un dictateur 

Le chef du PDK Massoud Barzani, dans son complexe de palais construits pour Saddam, avec son armée de peshmergas héritée de son père, gère « sa » région autonome en dictateur depuis 20 ans. Il place les membres de sa famille à tous les postes clés. Il accapare la rente pétrolière plus pour garnir son compte en Suisse et s’acheter des fidélités que pour mener une politique de développement. Il oublie régulièrement de payer ses instituteurs. Il réprime les guerilleros du PKK réfugié-e-s dans « ses » montagnes pour le compte de son allié turc (avec lequel il fait désormais semblant d’être brouillé). Il fait assassiner ses opposants (comme le poète contestataire Sardasht Osman). Il se maintient au pouvoir de façon illégale depuis 2015. 

A  l’été 2014, les milices de Daesh ont attaqué le Kurdistan d’Irak, massacrant les hommes de la minorité religieuse yézidi et réduisant en esclavage les femmes et les enfants. Les peshmergas de Barzani ont pris la fuite sans résistance devant les massacreurs (quand ils ne se livraient pas à des marchandages répugnants avec eux) et ont préféré employer leurs forces à bloquer les troupes des différentes guerillas de la gauche kurde (PKK, PYD, PJAK, appuyés par des combattant-e-s communistes de Turquie dont apparemment le légendaire commandant Nubar Ozanyan), qui venaient faire cesser le génocide. Plus tard, le gouvernement de Barzani se vengera de sa propre lâcheté en réprimant les survivant-e-s yézidi-e-s qui voulaient se constituer en canton autonome dans la région de Sinjar. 

S’il est complétement indifférent au sort des yézidi-e-s, Barzani comprend le bénéfice à tirer de la lutte contre Daesh : un surcroît de prestige international grâce aux films de propagande de son ami Bernard-Henri Levy, des livraisons importantes d’armes française et US (dont certaines finiront entre les mains de Daesh, tant est forte la corruption chez les « héroïques » peshmergas) et surtout la conquête de zones pétrolifères autour de la ville de Kirkouk et dans la province de Mossoul. 

C’est en cet été 2014, en pleine offensive de Daesh, que Barzani, désormais partenaire incontournable du faible gouvernement central irakien, lance une première fois l’idée d’un référendum d’indépendance. Il prend ainsi de court toutes les autres forces politiques kurdes (et met adroitement fin au débat sur la fin de son mandat et les élections présidentielles qu’il était censé organiser).

Une aspiration populaire réelle

Barzani sait très bien que son idée suscitera l’enthousiasme des masses populaires kurdes. Peuple sans état depuis 2500 ans, les Kurdes ont été victimes à la fin de la première guerre mondiale des accords Sykes-Picot qui visaient à répartir les champs de pétrole du Moyen Orient entre zones d’influence française et britannique. Ecartelé-e-s entre les nouveaux Etats syrien, irakien, iranien et turc, les Kurdes ont subi une oppression nationale féroce, avec des politiques tantôt d’assimilation forcée, tantôt d’épuration ethnique. Les kurdes d’Irak se souviennent tout particulièrement du gazage de la ville de Halabja par les troupes de Saddam Hussein en 1988, qui fit 5000 mort-e-s.

Par ailleurs, la région autonome du Kurdistan est un ilot de stabilité dans une république irakienne qui a sombré dans le chaos et la guerre civile après l’invasion US de 2002. Barzani a beau jeu de rejeter les difficultés économiques et le non-paiement des salaires des fonctionnaire sur un Etat central qui ne lui verse plus la part du budget national (17%) censée financer son administration.  

L’isolement international

Le referendum avait été présenté par Barzani comme une sorte de mandat que le peuple lui donnait pour négocier l’élargissement de l’autonomie et la modification des frontières. Cependant, dès le départ, les alliés traditionnels du clan Barzani, Etats-Unis et Angleterre en tête, avaient exprimé des réserves. Outre le soutien inconditionnel de Bernard-Henri Levy et de Caroline Fourrest, Barzani pouvait uniquement compter sur la petite république arménienne du Haut-Karabagh (qui n’est reconnue par aucun membre de l’ONU) et sur l’Etat d’Israël dont les deux principales préoccupations stratégiques, semblent ici comme ailleurs de garantir sa fameuse « sécurité existentielle » en bordelisant au maximum le reste de la région et d’emmerder la république d’Iran -son dernier adversaire qui tienne encore debout- qui soutient à bout de bras le gouvernement central irakien et son premier ministre  chiite Al-Abani. Il semble aussi que Poutine, dont les desseins sont impénétrables, ait garanti à Barzani sa neutralité bienveillante. Le journaliste George Malbrunot avancera aussi (sans preuve) que l’ex-ministre Kouchner (d’habitude très lié au clan Talabani) avait promis l’été dernier à Barzani le soutien de l’Etat français (mais la plupart des kurdes pensent que c’est un mytho de Kouchner pour se donner une importance qu’il n’a plus). 

La gène des autres forces politique

En tous cas, la plupart des opposant-e-s à Barzani ont compris que l’élan populaire en faveur de l’indépendance était tel que tous ceux qui joueraient les rabat-joies se feraient lyncher et piétiner. 

Très présents dans les années 80, les groupes se réclamant du marxisme ont été réprimés et liquidés, souvent par les « socialistes » de l’UPK qui ne voulaient aucune opposition sur leur gauche. Le PKK, qui n’a pas de parti-frère en Irak, s’est contenté de rappeler sa doctrine : la formation d’un nouvel Etat nation ne correspond pas aux réalités du Moyen Orient, à cause de l’imbrication de plusieurs peuples sur un même territoire, Les kurdes doivent plutôt se battre pour la démocratisation des Etats existants et la création d’ « autonomies démocratiques » en leur sein, la revendication de Kirkouk et d’une partie de la région de Mossoul par les seuls kurdes n’a pas de sens, il faut doter les autres communauté (Arabes, Turkmènes, Assyrien-ne-s…) d’une représentation démocratique. Toutefois, le Parti a fait comprendre que la victoire du oui étant acquise, cela n’avait pas de sens de s’opposer à la volonté du peuple. L’UPK  s’est rallié au principe du référendum. Seuls deux seuls partis politiques représentés au parlement ont fait campagne pour le boycott : le Groupe Islamique Kurde du Cheikh Ali Bapir (lié à l’Iran et qui ne représente pas grand-chose) et le mouvement du changement (Gorran). Gorran est tout sauf un parti révolutionnaire. Son fondateur, Nawshirwan Mustafa (mort en mai dernier) avait été le bras-armé de l’élimination des « gauchistes » par l’UPK, avant de claquer la porte du parti dans les années 90 pour protester contre la corruption et la dérive clanique de la famille Talabani. Les député-e-s de Gorran ont dénoncé l’irresponsabilité, l’impréparation et la fuite-en-avant d’un gouvernement illégitime qui cherchait dans une confrontation avec le pouvoir central à détourner l’attention de ses propres échecs. La suite leur a donné raison.

Une défaite humiliante

Le 17 octobre, quand l’armée irakienne, les milices chiites et leurs alliés iraniens attaquent la région autonome, les peshmergas du PDK comme de l’UPK se replient sans combattre, les premiers abandonnent Sinjar et les seconds  Kirkouk. D’ailleurs les USA désavouent totalement leurs alliés du gouvernement régional pour donner raison à la coalition pro-gouvernementale (pourtant alliée à l’Iran et composée en partie de groupes habituellement considérés comme « terroristes » par l’administration US)

Comme lors du massacre des Yezidi-e-s, les combattant-e-s du PKK descendent de leurs montagnes frontalières et s’efforcent de sécuriser les populations civiles avec quelques vieux peshmergas qui ont refusé d’obéir aux ordres de leurs chefs. Beşir Baran (heval Hogir), cadre de la guerilla depuis 30 ans, tombera ainsi en martyr devant Kirkouk. Les Kurdes perdent l’ensemble des gains territoriaux de la guerre contre Daesh. 

Une fois de plus, comme en 1991 quand l’UPK et le PDK ont poussé la population à la révolte avant de fuir dans les montagnes et d’abandonner les villes à la répression des troupes de Saddam, les deux grands partis ont joué cyniquement avec la vie de leur propre peuple pour des calculs politiciens.  Par la suite, ils se renverront mutuellement la responsabilité de cet échec, jusqu’à ce que Barzani annonce le 28 octobre qu’il quittait ses responsabilités pour redevenir le peshmerga qu’il n’avait jamais cessé d’être (en réalité, il a un manoir familial qui l’attend aux USA, financé par la rente pétrolière). Ça ne devrait pas être trop difficile de trouver un Barzani pour le remplacer : l’oncle Hoshyar Zebari est ministre des Finances. Les fils Mansour et Wajy sont généraux. Le neveu Sirwan, général lui aussi, fait des affaires dans la téléphonie mobile en confondant l’argent de l’Etat et son argent de poche. À priori, la succession devrait se jouer entre le neveu Nechirvan (premier ministre et apparemment favori de l’impérialisme US) et le fils aîné Masrour (chef de la police politique et capable de pas mal de coups tordus).

Dès le lendemain (29/10) des émeutier-e-s, apparemment liés à Masrour et cherchant à mettre en difficultés Nechirvan, attaquent le parlement régional avec des sabres, des couteaux et des bâtons en hurlant : « Les Allemands ont eu Hitler, les Italiens Mussolini, les Africains (sic) Mandela et nous avons Massoud Barzani ». Ils réclament les député-e-s « traitres » des partis d’opposition. Le député Raboun Maroun (Gorran) est passé à tabac et torturé. A Zakhro, ville PDK les sièges de l’UPK et de Gorran sont brûlés. 

A l’heure où nous écrivons ces lignes, des témoignages abondent sur la terreur que les milices chiites dans les zones qu’ils contrôlent tout spécialement à Kirkouk (ou la photo d’un journaliste massacré au couteau devant sa famille a fait le tour du monde). Il semble que le clan Barzani soit prêt à concéder une paix humiliante, avec non seulement la perte des territoires conquis face à Daesh, mais aussi de territoire acquis en 2003, après la chute de Saddam Hussein, lors des négociations sur la fédéralisation du pays, mais aussi l’intégration de la majorité des peshmergas à l’armée régulière irakienne. Un désastre historique qui soulève bien des questions, notamment sur la non-résistance des peshmergas devant Kirkouk et Sinjar. Beaucoup de kurdes se demandent aujourd’hui si tout cela n’a pas été négocié en amont avec l’impérialisme et s’il n’y a pas eu un choix délibéré de la défaite de la part de leurs dirigeants.

Garder les idées claires

Pourquoi s’attarder sur ces évènements qui n’influent pas directement, semble-t-il,  sur les luttes de classes en France ? D’abord parce qu’il y a une Révolution démocratique en cours au Kurdistan de Syrie, et que nous pensons que cet événement concerne l’humanité toute entière. Nous pensons qu’il est de notre devoir de donner à nos lecteur/trice-s des éléments de compréhension sur cette région du Moyen-Orient, riche en matières premières, objet de toutes les convoitises impérialistes et ravagée par la guerre. La résistance des révolutionnaires kurdes à Kobané contre les milices de Daesh en 2014-2015 a ému le monde entier. Le prestige de ces combattant-e-s a rejailli sur le peuple kurde tout entier. L’image médiatique d’un vaillant petit peuple, respectueux des droits des minorités, en lutte contre l’obscurantisme et l’oppression de puissants voisins s’est imposée dans l’opinion publique française.

Au début des années 2000 quand nous avons commencé à militer, aux côtés de la diaspora kurde (300 000 personnes dans l’Etat français), pour la libération du président Ocalan et contre la vente de prisons françaises à l’Etat turc, les médias français relayaient surtout les pires calomnies de l’Etat turc, et réduisaient la lutte de libération kurde a une « narco-guérilla », menée par une « secte totalitaire d’extrême-gauche », pratiquant le « terrorisme ». Nous ne sommes pas des hipsters, nous aspirons à ce que nos idées deviennent majoritaires, et nous apprécions que de plus en plus de personnes ouvrent les yeux sur la justesse de ce combat (quand ils/elles n’utilisent pas les Kurdes pour refourguer leurs délire islamophobes comme récemment l’écrivain Sylvain Tesson ou d’autres). 

Pour autant nous n’avons pas envie que s’installe des confusions qui nuiraient au final à la cause du peuple kurde. Il y a chez les kurdes des bons et des mauvais, des progressistes et des réactionnaires, des démocrates et des fascistes. Comme d’ailleurs chez les Turc-que-s, les Arabes ou les Breton-ne-s. Depuis 1992, l’impérialisme français a noué des liens privilégiés avec les deux grands partis du Kurdistan d’Irak, Ces liens se sont incarnés d’abord dans la figure de Danielle Mitterrand et de sa fondation France Liberté, puis un certain nombre de personnalités se sont fait les propagandistes soit du clan Barzani (Bernard-Henri Levy et ses affidé-e-s) soit du clan Talabani (l’ex ministre Kouchner, qui a aussi ses entrées chez Barzani, le prof de stratégie Chaliand qui forme à la fois des officiers français à l’école de guerre de Paris et des officiers peshmergas à celle d’Erbil). Aujourd’hui ils/elles utilisent le prestige acquis par la résistance kurde en Syrie pour redorer le blason de leurs champions kurdes en Irak. Or il n’y a rien à redorer : les partis kurdes en Irak même s’ils maintiennent leur emprise féodale sur leur société, couvrent de honte les kurdes progressistes du monde entier. Et par ailleurs le PDK participe activement à la répression des Kurdes de Turquie et au blocus des Kurdes de Syrie.

À cause de cette confusion entretenue par les médias entre les partis kurdes d’Irak et la gauche kurde, divers réseaux pro-Turquie, pro-Qatar, trotskystes ou assimilés diffusent dans le peuple une théorie du complot selon laquelle les Kurdes seraient des pions de l’Etat d’Israël pour diviser la région. C’est du grand n’importe quoi. Rappelons que la Turquie est le pays qui entretient le plus de relations avec Israël dans la région, que Erdogan n’a jamais rien fait pour les Palestinien-ne-s. Les réseaux qui se mobilisent aujourd’hui contre le référendum kurde en Irak sont les même qui saluaient les « révolutionnaires » libyen et syrien de 2011, eux aussi soutenus par Israël (et par les autres puissances impérialistes occidentales). D’ailleurs ceux qui délirent sur la supposée puissance d’Israël peuvent constater qu’elle n’a pas suffit à sauver Barzani de la perte de Kirkouk.

Si nous n’avons pas de temps ni d’énergie à perdre à soutenir le PDK et l’UPK, nous ne pouvons pas être sourd à l’aspiration de liberté portée par les 92% de « Oui » au référendum kurde. Quand bien même si, vu de France, on ne comprend pas l’intérêt pour un Kurde d’être dirigé par un gangster kurde comme Barzani plutôt que par un gangster arabe et chiite, comme le premier ministre irakien, cela ne nous donne aucun droit à remettre en cause le droit des peuples à s’autodéterminer. La question nationale kurde est réelle et brûlante, ce n’est pas une création du Mossad, pas plus que la question nationale catalane n’est une création de l’Union Européenne. Le problème c’est que les partages impérialistes de la région (notamment Sykes-Picot) ont créé d’autres injustices toutes aussi brûlantes contre les Arabes et les Arménien-ne-s. Le modèle confédéral proposé par le PKK en Turquie et le PYD en Syrie vise à désamorcer les conflits en offrant un cadre autonome pour tous les peuples sans toucher aux frontières. En tout état de cause, la liberté pour le peuple kurde passe par la liquidation des chefs féodaux qui ne cessent de le trahir et de l’enfermer dans un chauvinisme etroit.

Troupes irakiennes, hors du Kurdistan !

Pas de soutiens aux partis féodaux UPK et PDK qui ont trahi leur peuple.

Plus que jamais, solidarité avec le peuple kurde !

 

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Rédigé par OC Futur Rouge

Publié dans #International, #Anti-impérialisme, #kurdistan, #irak

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Publié le 1 Novembre 2017

Les militant-e-s de l’OC-FR publient une motion interne à propos de la Catalogne.

Bien que dans les faits notre soutien pour la cause Catalane était évident et déjà lisible dans nos interventions publiques, nous voulions l’inscrire spécifiquement dans notre corpus interne au vu de la situation internationale en procédure extraordinaire. Cette motion qui n’a pas vocation à être une analyse de la situation est notre position formelle à l’égard de la Catalogne.

 

Motion sur la Catalogne

 

L’Organisation Communiste - Futur Rouge reconnaît la République indépendante de Catalogne comme une nation et soutient les revendications indépendantistes du peuple catalan.

L’OC-FR rappelle que le principe d’auto-détermination est un principe démocratique fondamental. Les revendications du peuple catalan sont légitimes, et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ne se discute pas. 

Nous affirmons notre soutien à la lutte de libération nationale en Catalogne des deux côtés des Pyrénées, et contre la domination à la fois de l’État Espagnol et de l’État Français. L’OC-FR soutient l’unité de la Catalogne, actuellement dominée par deux États. Le rattachement de la Catalogne dominée par l’État Français au reste de la Catalogne dominée par l’État Espagnol est une revendication que nous soutenons.

Nous nous battrons pour la reconnaissance de la République catalane. 

 

Nous nous réjouissons de voir le mouvement national catalan se développer, aller dans le sens de la séparation avec les États impérialistes qui dominent la Catalogne, et vouloir constituer un État indépendant. 

Nous nous réjouissons aussi de l’affaiblissement des impérialismes espagnols et français, tandis que se développe le mouvement national catalan.

 

Le mouvement de masse catalan est puissant. C’est un mouvement populaire que nous suivons et qui force notre admiration. La mobilisation pour l’indépendance de la Catalogne est riche d’enseignements et nous puisons dans l’exemple catalan des leçons historiques qui doivent nous servir à mener nos luttes contre l’État français.

 

Les États espagnols et français répriment, diffament et harcèlent férocement le mouvement social catalan. Notre solidarité doit être sans faille face à la répression, et nous devons participer activement à la solidarité et relayer les actions de soutien au peuple catalan réprimé.

Les États impérialistes et leurs organisations refusent de reconnaître les prisonniers politiques. La France, l’Espagne, l’UE, considèrent normal l’arrestation des leaders catalan-ne-s qu’ils qualifient de délinquant-e-s qui n’auraient pas respecté la loi. Sous couvert de principes constitutionnels, ils soutiennent la répression en Catalogne. C’est du terrorisme d’état, légitimé par la loi espagnole. Le gouvernement Espagnol applique idéologiquement le franquisme. Nous devons soutenir les prisonniers politiques, les victimes de la répression, et nous devons dénoncer les relents franquistes encore largement présents dans la société espagnole.  

 

Nous dénonçons également le mouvement actif et mobilisé espagnoliste, dominé par le franquisme et par une frange castillane fasciste. 

Nous dénonçons également l’attitude de la gauche castillane, chauvine, révisionniste et espagnoliste, en particulier de Podemos qui a longtemps cherché à surfer sur une ambiguïté, alors qu’en réalité cette organisation électoraliste n’a jamais été solidaire du peuple catalan et participe à porter des coups aux revendications indépendantistes. 

Nous dénonçons aussi l’inertie d’une large part du mouvement militant petit-bourgeois castillan, incapable de s’attaquer à l’État espagnol à un moment fatidique. 

Comme dans l’état français, nous observons les relents réactionnaires, chauvins, qui gangrènent les milieux politiques et militants castillans. 

Alors que dans ces milieux, les contradictions deviennent explosives sur la question nationale, nous appelons à faire bloc avec les éléments progressistes et révolutionnaires catalans, isolés au sein des États espagnols et français alors qu’ils ont besoin de notre soutien. 

Ce sont tous-tes les révolutionnaires dans les États espagnols et français qui devraient faire bloc avec la Catalogne. Nous observons au contraire, et malheureusement, dans les autres territoires que contrôlent ces États, une inertie que nous condamnons, voir de la part de ces milieux une hostilité flagrante à l’égard de la Catalogne, que nous devons combattre.

 

Nous respectons les moyens organisationnels que le mouvement national catalan se donne pour lutter. Nous soutenons et participons lorsque nous le pouvons, à cette lutte. Nous soutenons de même les mouvements progressistes, et en particulier les mouvements révolutionnaires, qui vont dans le sens de la libération nationale de la Catalogne.

 

Nous devons également relayer et appeler à participer aux initiatives de soutien en dehors de la Catalogne, là où nous sommes présent-e-s.

 

Vive la République de Catalogne !

À bas l’État français et espagnol !

 

L’OC-FR

 

Motion sur la Catalogne

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Rédigé par OC Futur Rouge

Publié dans #International, #Anti-impérialisme, #Catalogne

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