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Publié le 12 Novembre 2017

A propos du referendum au Kurdistan d’Irak

Le 25 septembre dernier, un référendum a été organisé au Kurdistan d’Irak (en kurde : Basûr, le sud) sur la question de la séparation d’avec Bagdad. Les kurdes d’Irak se sont massivement  mobilisé-e-s, et 92,73% ont voté en faveur de l’indépendance. L’armée irakienne, appuyée par les milices chiites  et des troupes d’élites iraniennes, se sont empressé de reprendre la plaine pétrolière de Kirkouk et les autres territoires que le gouvernement régional kurde avait gagné depuis trois ans, à la faveur de la guerre contre Daesh. Les troupes kurdes irakiennes (les fameux peshmergas, dont le nom signifie « ceux qui vont au devant de la mort », bien que cela ait pu parfois prêter à sourire ces dernières années) se sont repliées sans combattre, après quoi le président de la région autonome du Kurdistan et promoteur du référendum, Massoud Barzani, a annoncé sa démission.

Quelques explications s’imposent : sur les 35 à 48 millions de personnes de culture kurde dans le monde, 5 à 7 millions vivent en Irak. Tou-te-s ne vivent pas dans la région autonome du Kurdistan, et tou-te-s les habitant-e-s de cette région autonome  ne sont pas kurdes : il y a également des Assyrien-ne-s, des Arabes et des Turkmènes. 

Deux partis corrompus

Depuis les années 70, les Kurdes d’Irak sont sous l’influence de deux partis rivaux : Le vieux Parti Démocratique du Kurdistan (PDK) fondé en 1946 et l’Union Patriotique du Kurdistan (UPK), fondée en 1975. A leur création, ces deux partis prétendaient mener de front la libération nationale et la révolution socialiste, avant de dégénérer plus ou moins rapidement en partis clientélistes reposant sur des fidélités claniques et féodales. Le PDK est la propriété de la famille Barzani, et représente plutôt les clans du Nord, l’UPK est la propriété de la famille de ses fondateurs : Ibrahim Ahmed (1914-2000) et son gendre Jalal Talabani (1933-2017) et représente plutôt les clans du Sud. Le PDK est lié à l’internationale démocrate-chrétienne comme les partis de Merkel, de Bayrou ou le PNV basque. L’UPK est liée à l’Internationale socialiste, comme le SPD allemand ou le PS français, ou ce qu’il en reste. C’est dire si ces gens ne sont pas nos ami-e-s, ni les ami-e-s des peuples du monde. Chaque parti dispose de sa propre armée de peshmergas, qui n’ont plus grand-chose à voir avec les guerilleros des années 60.

Les idées d’Abdullah Ocalan n’ont jamais trouvé de base sociale pour s’implanter au Kurdistan d’Irak comme elles l’ont fait au Kurdistan de Turquie (Bakur, le nord) avec le PKK, au Kurdistan de Syrie (Rojava, l’ouest) avec le PYD ou au Kurdistan d’Iran (Rojelhat, l’est) avec le PJAK. Le PYD a par ailleurs besoin de la bienveillance de l’UPK pour contourner le blocus du Rojava imposé par les Turc-que-s avec l’aide du PDK.

Après trois ans de guerre civile au milieu des années 90 (pendant laquelle le PDK fera même appel aux troupes de Saddam Hussein) pour savoir qui contrôlerait la région (devenue autonome après la première guerre du Golfe de 1991) Le PDK a mis la main sur la région d’Erbil, riche en pétrole, et l’UPK sur celle, plus petite et plus pauvre, d'As-Suleymanya. Après le renversement de Saddam Hussein, son leader, Jalal Talabani a hérité comme lot de consolidation du titre largement honorifique de président de la République d’Irak (qu’il a légué en 2014 à un de ses bras-droits, Fouad Massoum). 

La diversion d’un dictateur 

Le chef du PDK Massoud Barzani, dans son complexe de palais construits pour Saddam, avec son armée de peshmergas héritée de son père, gère « sa » région autonome en dictateur depuis 20 ans. Il place les membres de sa famille à tous les postes clés. Il accapare la rente pétrolière plus pour garnir son compte en Suisse et s’acheter des fidélités que pour mener une politique de développement. Il oublie régulièrement de payer ses instituteurs. Il réprime les guerilleros du PKK réfugié-e-s dans « ses » montagnes pour le compte de son allié turc (avec lequel il fait désormais semblant d’être brouillé). Il fait assassiner ses opposants (comme le poète contestataire Sardasht Osman). Il se maintient au pouvoir de façon illégale depuis 2015. 

A  l’été 2014, les milices de Daesh ont attaqué le Kurdistan d’Irak, massacrant les hommes de la minorité religieuse yézidi et réduisant en esclavage les femmes et les enfants. Les peshmergas de Barzani ont pris la fuite sans résistance devant les massacreurs (quand ils ne se livraient pas à des marchandages répugnants avec eux) et ont préféré employer leurs forces à bloquer les troupes des différentes guerillas de la gauche kurde (PKK, PYD, PJAK, appuyés par des combattant-e-s communistes de Turquie dont apparemment le légendaire commandant Nubar Ozanyan), qui venaient faire cesser le génocide. Plus tard, le gouvernement de Barzani se vengera de sa propre lâcheté en réprimant les survivant-e-s yézidi-e-s qui voulaient se constituer en canton autonome dans la région de Sinjar. 

S’il est complétement indifférent au sort des yézidi-e-s, Barzani comprend le bénéfice à tirer de la lutte contre Daesh : un surcroît de prestige international grâce aux films de propagande de son ami Bernard-Henri Levy, des livraisons importantes d’armes française et US (dont certaines finiront entre les mains de Daesh, tant est forte la corruption chez les « héroïques » peshmergas) et surtout la conquête de zones pétrolifères autour de la ville de Kirkouk et dans la province de Mossoul. 

C’est en cet été 2014, en pleine offensive de Daesh, que Barzani, désormais partenaire incontournable du faible gouvernement central irakien, lance une première fois l’idée d’un référendum d’indépendance. Il prend ainsi de court toutes les autres forces politiques kurdes (et met adroitement fin au débat sur la fin de son mandat et les élections présidentielles qu’il était censé organiser).

Une aspiration populaire réelle

Barzani sait très bien que son idée suscitera l’enthousiasme des masses populaires kurdes. Peuple sans état depuis 2500 ans, les Kurdes ont été victimes à la fin de la première guerre mondiale des accords Sykes-Picot qui visaient à répartir les champs de pétrole du Moyen Orient entre zones d’influence française et britannique. Ecartelé-e-s entre les nouveaux Etats syrien, irakien, iranien et turc, les Kurdes ont subi une oppression nationale féroce, avec des politiques tantôt d’assimilation forcée, tantôt d’épuration ethnique. Les kurdes d’Irak se souviennent tout particulièrement du gazage de la ville de Halabja par les troupes de Saddam Hussein en 1988, qui fit 5000 mort-e-s.

Par ailleurs, la région autonome du Kurdistan est un ilot de stabilité dans une république irakienne qui a sombré dans le chaos et la guerre civile après l’invasion US de 2002. Barzani a beau jeu de rejeter les difficultés économiques et le non-paiement des salaires des fonctionnaire sur un Etat central qui ne lui verse plus la part du budget national (17%) censée financer son administration.  

L’isolement international

Le referendum avait été présenté par Barzani comme une sorte de mandat que le peuple lui donnait pour négocier l’élargissement de l’autonomie et la modification des frontières. Cependant, dès le départ, les alliés traditionnels du clan Barzani, Etats-Unis et Angleterre en tête, avaient exprimé des réserves. Outre le soutien inconditionnel de Bernard-Henri Levy et de Caroline Fourrest, Barzani pouvait uniquement compter sur la petite république arménienne du Haut-Karabagh (qui n’est reconnue par aucun membre de l’ONU) et sur l’Etat d’Israël dont les deux principales préoccupations stratégiques, semblent ici comme ailleurs de garantir sa fameuse « sécurité existentielle » en bordelisant au maximum le reste de la région et d’emmerder la république d’Iran -son dernier adversaire qui tienne encore debout- qui soutient à bout de bras le gouvernement central irakien et son premier ministre  chiite Al-Abani. Il semble aussi que Poutine, dont les desseins sont impénétrables, ait garanti à Barzani sa neutralité bienveillante. Le journaliste George Malbrunot avancera aussi (sans preuve) que l’ex-ministre Kouchner (d’habitude très lié au clan Talabani) avait promis l’été dernier à Barzani le soutien de l’Etat français (mais la plupart des kurdes pensent que c’est un mytho de Kouchner pour se donner une importance qu’il n’a plus). 

La gène des autres forces politique

En tous cas, la plupart des opposant-e-s à Barzani ont compris que l’élan populaire en faveur de l’indépendance était tel que tous ceux qui joueraient les rabat-joies se feraient lyncher et piétiner. 

Très présents dans les années 80, les groupes se réclamant du marxisme ont été réprimés et liquidés, souvent par les « socialistes » de l’UPK qui ne voulaient aucune opposition sur leur gauche. Le PKK, qui n’a pas de parti-frère en Irak, s’est contenté de rappeler sa doctrine : la formation d’un nouvel Etat nation ne correspond pas aux réalités du Moyen Orient, à cause de l’imbrication de plusieurs peuples sur un même territoire, Les kurdes doivent plutôt se battre pour la démocratisation des Etats existants et la création d’ « autonomies démocratiques » en leur sein, la revendication de Kirkouk et d’une partie de la région de Mossoul par les seuls kurdes n’a pas de sens, il faut doter les autres communauté (Arabes, Turkmènes, Assyrien-ne-s…) d’une représentation démocratique. Toutefois, le Parti a fait comprendre que la victoire du oui étant acquise, cela n’avait pas de sens de s’opposer à la volonté du peuple. L’UPK  s’est rallié au principe du référendum. Seuls deux seuls partis politiques représentés au parlement ont fait campagne pour le boycott : le Groupe Islamique Kurde du Cheikh Ali Bapir (lié à l’Iran et qui ne représente pas grand-chose) et le mouvement du changement (Gorran). Gorran est tout sauf un parti révolutionnaire. Son fondateur, Nawshirwan Mustafa (mort en mai dernier) avait été le bras-armé de l’élimination des « gauchistes » par l’UPK, avant de claquer la porte du parti dans les années 90 pour protester contre la corruption et la dérive clanique de la famille Talabani. Les député-e-s de Gorran ont dénoncé l’irresponsabilité, l’impréparation et la fuite-en-avant d’un gouvernement illégitime qui cherchait dans une confrontation avec le pouvoir central à détourner l’attention de ses propres échecs. La suite leur a donné raison.

Une défaite humiliante

Le 17 octobre, quand l’armée irakienne, les milices chiites et leurs alliés iraniens attaquent la région autonome, les peshmergas du PDK comme de l’UPK se replient sans combattre, les premiers abandonnent Sinjar et les seconds  Kirkouk. D’ailleurs les USA désavouent totalement leurs alliés du gouvernement régional pour donner raison à la coalition pro-gouvernementale (pourtant alliée à l’Iran et composée en partie de groupes habituellement considérés comme « terroristes » par l’administration US)

Comme lors du massacre des Yezidi-e-s, les combattant-e-s du PKK descendent de leurs montagnes frontalières et s’efforcent de sécuriser les populations civiles avec quelques vieux peshmergas qui ont refusé d’obéir aux ordres de leurs chefs. Beşir Baran (heval Hogir), cadre de la guerilla depuis 30 ans, tombera ainsi en martyr devant Kirkouk. Les Kurdes perdent l’ensemble des gains territoriaux de la guerre contre Daesh. 

Une fois de plus, comme en 1991 quand l’UPK et le PDK ont poussé la population à la révolte avant de fuir dans les montagnes et d’abandonner les villes à la répression des troupes de Saddam, les deux grands partis ont joué cyniquement avec la vie de leur propre peuple pour des calculs politiciens.  Par la suite, ils se renverront mutuellement la responsabilité de cet échec, jusqu’à ce que Barzani annonce le 28 octobre qu’il quittait ses responsabilités pour redevenir le peshmerga qu’il n’avait jamais cessé d’être (en réalité, il a un manoir familial qui l’attend aux USA, financé par la rente pétrolière). Ça ne devrait pas être trop difficile de trouver un Barzani pour le remplacer : l’oncle Hoshyar Zebari est ministre des Finances. Les fils Mansour et Wajy sont généraux. Le neveu Sirwan, général lui aussi, fait des affaires dans la téléphonie mobile en confondant l’argent de l’Etat et son argent de poche. À priori, la succession devrait se jouer entre le neveu Nechirvan (premier ministre et apparemment favori de l’impérialisme US) et le fils aîné Masrour (chef de la police politique et capable de pas mal de coups tordus).

Dès le lendemain (29/10) des émeutier-e-s, apparemment liés à Masrour et cherchant à mettre en difficultés Nechirvan, attaquent le parlement régional avec des sabres, des couteaux et des bâtons en hurlant : « Les Allemands ont eu Hitler, les Italiens Mussolini, les Africains (sic) Mandela et nous avons Massoud Barzani ». Ils réclament les député-e-s « traitres » des partis d’opposition. Le député Raboun Maroun (Gorran) est passé à tabac et torturé. A Zakhro, ville PDK les sièges de l’UPK et de Gorran sont brûlés. 

A l’heure où nous écrivons ces lignes, des témoignages abondent sur la terreur que les milices chiites dans les zones qu’ils contrôlent tout spécialement à Kirkouk (ou la photo d’un journaliste massacré au couteau devant sa famille a fait le tour du monde). Il semble que le clan Barzani soit prêt à concéder une paix humiliante, avec non seulement la perte des territoires conquis face à Daesh, mais aussi de territoire acquis en 2003, après la chute de Saddam Hussein, lors des négociations sur la fédéralisation du pays, mais aussi l’intégration de la majorité des peshmergas à l’armée régulière irakienne. Un désastre historique qui soulève bien des questions, notamment sur la non-résistance des peshmergas devant Kirkouk et Sinjar. Beaucoup de kurdes se demandent aujourd’hui si tout cela n’a pas été négocié en amont avec l’impérialisme et s’il n’y a pas eu un choix délibéré de la défaite de la part de leurs dirigeants.

Garder les idées claires

Pourquoi s’attarder sur ces évènements qui n’influent pas directement, semble-t-il,  sur les luttes de classes en France ? D’abord parce qu’il y a une Révolution démocratique en cours au Kurdistan de Syrie, et que nous pensons que cet événement concerne l’humanité toute entière. Nous pensons qu’il est de notre devoir de donner à nos lecteur/trice-s des éléments de compréhension sur cette région du Moyen-Orient, riche en matières premières, objet de toutes les convoitises impérialistes et ravagée par la guerre. La résistance des révolutionnaires kurdes à Kobané contre les milices de Daesh en 2014-2015 a ému le monde entier. Le prestige de ces combattant-e-s a rejailli sur le peuple kurde tout entier. L’image médiatique d’un vaillant petit peuple, respectueux des droits des minorités, en lutte contre l’obscurantisme et l’oppression de puissants voisins s’est imposée dans l’opinion publique française.

Au début des années 2000 quand nous avons commencé à militer, aux côtés de la diaspora kurde (300 000 personnes dans l’Etat français), pour la libération du président Ocalan et contre la vente de prisons françaises à l’Etat turc, les médias français relayaient surtout les pires calomnies de l’Etat turc, et réduisaient la lutte de libération kurde a une « narco-guérilla », menée par une « secte totalitaire d’extrême-gauche », pratiquant le « terrorisme ». Nous ne sommes pas des hipsters, nous aspirons à ce que nos idées deviennent majoritaires, et nous apprécions que de plus en plus de personnes ouvrent les yeux sur la justesse de ce combat (quand ils/elles n’utilisent pas les Kurdes pour refourguer leurs délire islamophobes comme récemment l’écrivain Sylvain Tesson ou d’autres). 

Pour autant nous n’avons pas envie que s’installe des confusions qui nuiraient au final à la cause du peuple kurde. Il y a chez les kurdes des bons et des mauvais, des progressistes et des réactionnaires, des démocrates et des fascistes. Comme d’ailleurs chez les Turc-que-s, les Arabes ou les Breton-ne-s. Depuis 1992, l’impérialisme français a noué des liens privilégiés avec les deux grands partis du Kurdistan d’Irak, Ces liens se sont incarnés d’abord dans la figure de Danielle Mitterrand et de sa fondation France Liberté, puis un certain nombre de personnalités se sont fait les propagandistes soit du clan Barzani (Bernard-Henri Levy et ses affidé-e-s) soit du clan Talabani (l’ex ministre Kouchner, qui a aussi ses entrées chez Barzani, le prof de stratégie Chaliand qui forme à la fois des officiers français à l’école de guerre de Paris et des officiers peshmergas à celle d’Erbil). Aujourd’hui ils/elles utilisent le prestige acquis par la résistance kurde en Syrie pour redorer le blason de leurs champions kurdes en Irak. Or il n’y a rien à redorer : les partis kurdes en Irak même s’ils maintiennent leur emprise féodale sur leur société, couvrent de honte les kurdes progressistes du monde entier. Et par ailleurs le PDK participe activement à la répression des Kurdes de Turquie et au blocus des Kurdes de Syrie.

À cause de cette confusion entretenue par les médias entre les partis kurdes d’Irak et la gauche kurde, divers réseaux pro-Turquie, pro-Qatar, trotskystes ou assimilés diffusent dans le peuple une théorie du complot selon laquelle les Kurdes seraient des pions de l’Etat d’Israël pour diviser la région. C’est du grand n’importe quoi. Rappelons que la Turquie est le pays qui entretient le plus de relations avec Israël dans la région, que Erdogan n’a jamais rien fait pour les Palestinien-ne-s. Les réseaux qui se mobilisent aujourd’hui contre le référendum kurde en Irak sont les même qui saluaient les « révolutionnaires » libyen et syrien de 2011, eux aussi soutenus par Israël (et par les autres puissances impérialistes occidentales). D’ailleurs ceux qui délirent sur la supposée puissance d’Israël peuvent constater qu’elle n’a pas suffit à sauver Barzani de la perte de Kirkouk.

Si nous n’avons pas de temps ni d’énergie à perdre à soutenir le PDK et l’UPK, nous ne pouvons pas être sourd à l’aspiration de liberté portée par les 92% de « Oui » au référendum kurde. Quand bien même si, vu de France, on ne comprend pas l’intérêt pour un Kurde d’être dirigé par un gangster kurde comme Barzani plutôt que par un gangster arabe et chiite, comme le premier ministre irakien, cela ne nous donne aucun droit à remettre en cause le droit des peuples à s’autodéterminer. La question nationale kurde est réelle et brûlante, ce n’est pas une création du Mossad, pas plus que la question nationale catalane n’est une création de l’Union Européenne. Le problème c’est que les partages impérialistes de la région (notamment Sykes-Picot) ont créé d’autres injustices toutes aussi brûlantes contre les Arabes et les Arménien-ne-s. Le modèle confédéral proposé par le PKK en Turquie et le PYD en Syrie vise à désamorcer les conflits en offrant un cadre autonome pour tous les peuples sans toucher aux frontières. En tout état de cause, la liberté pour le peuple kurde passe par la liquidation des chefs féodaux qui ne cessent de le trahir et de l’enfermer dans un chauvinisme etroit.

Troupes irakiennes, hors du Kurdistan !

Pas de soutiens aux partis féodaux UPK et PDK qui ont trahi leur peuple.

Plus que jamais, solidarité avec le peuple kurde !

 

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Rédigé par OC Futur Rouge

Publié dans #International, #Anti-impérialisme, #kurdistan, #irak

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Publié le 16 Janvier 2017

«Les massacres ne sont pas notre destin »
Solidarité avec les populations yezidi-e-s de Sinjar/Shengal
 
Le document qui suit ne concerne pas seulement le Moyen-Orient, c’est un texte d’espoir pour toutes les classes, peuples et genre opprimé-e-s par la domination capitaliste, impérialiste et patriarcale. Non les persécutions, les massacres et les souffrances ne sont pas notre destin. Uni-e-s et armé-e-s nous pouvons nous aussi être fort et refuser la loi de celles et ceux qui veulent nous briser et nous détruire.
Les Yezidi-e-s (Ezidi-e-s) sont une communauté du Kurdistan d’Irak, à la frontière des Etats turc et syrien. Souvent considéré-e-s comme les derniers dépositaires de la philosophie et des anciennes croyances dualistes du peuple kurde, antérieures à l’instauration des grandes religions monothéistes, les yézidi-e-s ont été régulièrement dénoncé-e-s comme des « adorateur/trice-s du diable » par les pouvoir locaux successifs (y compris kurdes). Ils ont subi 72 tentatives d’extermination au cours de leur histoire douloureuse. Beaucoup vivent en diaspora en Arménie, en Géorgie en Russie, et dans les Etats voisins du Moyen-Orient.
A l’été 2014, les milices fascistes de Daesh ont attaqué les Yezidi-e-s dans les monts Sinjar (ou Shengal), exterminant les hommes, violant systématiquement les femmes et les fillettes, et les réduisant à l’esclavage. Les troupes de Barzani, le dictateur féodal du Kurdistan d’Irak, armées et soutenues par l’Etat français, ont abandonné à leur sort les Yézidi-e-s qu’elles étaient censé protéger. Elles se sont même livré à des marchandages sordides avec Daesh, proposant d’échanger des Yézidi-e-s contre des Assyrien-ne-s (minorité « protégée » au Kurdistan d’Irak, pour l’instant qu’elle ne conteste pas le pouvoir de Barzani et de son clan).
Pendant que les « peshmergas » de Barzani se déshonoraient de façon abjecte, les combattant-e-s des trois principales forces de gauche au Kurdistan , le Parti de l’Unité Démocratique (PYD, Kurdistan de Syrie), le Parti de la Vie Libre au Kurdistan (PJAK, Kurdistan d’Iran) et le Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK, Kurdistan de Turquie) unissaient leurs forces pour voler au secours des Yezidi-e-s. Ils n’ont pas fait qu’assurer leur protection mais les ont aidé à formé leurs propres combattant-e-s aux sein des YBS, les groupes de résistance de Sinjar/Shengal. Pourtant ce sont les peshmergas que les médias français et Bernard-Henri Levy présentent régulièrement comme des héros, et les combattant-e-s du PKK que la France et l’Europe considère comme des « terroristes ». Hollande est allé le mois dernier en Irak pour garantir Barzani de l’indéfectible soutien de la France. Ce soutien dure depuis 1991 et a permis aux chefs de guerre du clan Barzani de se livrer à un juteux trafic d’armes françaises.
Aujourd’hui les Yézidi-e-s ne veulent plus du pouvoir de Barzani, qui multiplie les vexations minables à leur égard (bloquer les produits de premières nécessité, empêcher les familles de regagner leurs maison, fermer sous la menace des armes l’association de soignant-e-s Yazda qui aidait les survivant-e-s) pour leur faire sentir sa capacité de nuisance. Barzani est l’allié privilégié de la Turquie d’Erdogan, qui menace les familles yézidies réfugiées de représailles si leurs frères et sœurs restées en Irak continuent à soutenir le PKK qui les a sauvés. Barzani a rencontré la semaine dernière le premier ministre turc Yldirim et lui a promis sa collaboration contre les « terroristes » du PKK. Mais malgré les chantages et les menaces, les Yézidi-e-s n’oublient pas qui les a soutenu depuis 2014, et qui les a abandonné. . Ils/elles veulent majoritairement associer politiquement la région de Sinjar/Shengal aux cantons autogérés du Kurdistan de Syrie (Afrin, Kobané, Ceziré) et s’affranchir du pouvoir féodal de Barzani. Le PKK a pourtant proposé de partir de la région de Sinjar/Shengal pour ne plus que les Yézidi-e-s soient puni-e-s de la solidarité qu’ils leurs apportent. Les Yezidi-e-s ont répondu par une déclaration très courageuse, résumée ici par l’agence de presse kurde ANF. Nous reproduisons ce résumé même s’il contient à notre avis des illusions sur les impérialistes de l’Union Européenne et sur la caverne de brigands qu’est à nos yeux l’ONU. En relayant ce document, l'OC-FR souhaite apporter son soutien aux Yézidi-e-s et exprimer notre volonté internationaliste de nous tenir aux côtés des peuples en résistance, victimes du capitalisme et de l'impérialisme.
 
APPEL LANCÉ DES EZIDIS A LA GUÉRILLA KURDE ET AU MONDE
Shengal -La Coordination de la Société Démocratique d'Êzidî a tenu une réunion avec la participation de plus de 60 délégués du Kurdistan, de l'Europe, de la Russie et de l'Arménie, sur le Mont Shengal entre le 25 et le 28 décembre. La coordination a publié la déclaration finale de cette réunion, où il a décrit la guérilla Kurde comme l'espoir des peuples d'Êzidî et a appelé les guérilleros à ne pas se retirer du Shengal.
LES MASSACRES NE SONT PAS NOTRE DESTIN
Dans sa déclaration, la coordination a souligné que les massacres ne sont pas le destin des êzidî, qui veulent maintenant y mettre un terme. À cet effet, elle a attiré l'attention sur la nécessité d'unité et de solidarité.
 
APPEL AUX FORCES LOCALES ET INTERNATIONALES
La Coordination de la Société Démocratique d'Êzidî a décrit Shengal comme la patrie de tous les Êzidîs et a appelé les Ezidis à donner la priorité à Shengal et demandé un soutien matériel et moral
"Nous demandons que l'ONU, à l'UE et aux autres organisations internationales d'être des parties garantes, et que la guérilla kurde , qui est une force nationale efficace dans la lutte contre Daech , continue à défendre notre société.
Si vous n'étiez pas venu à notre secours, nous été abandonnés. Avec votre arrivée, vous êtes devenu l'espoir de notre peuple. Nous pensons que vous avez encore une responsabilité et, bien que vous n'ayez pas fait de déclaration officielle ou de tentative, nous ne pensons pas qu'il serait bon pour vous de vous retirer du Shengal. Nous croyons que cette société a besoin de vous et que vous serez sensible sur cette question.
 
L'AUTONOMIE DE SHENGAL SERA LA BASE
La coordination a déclaré qu'elle adopte l'autonomie du Shengal en garantissant les droits des Êzidîs comme base de tous les efforts politiques et diplomatiques, et a décidé de s'adresser aux institutions internationales sur cette question.
 
APPEL À LA MOBILISATION DES ÊZİDİS
La Coordination de la Société Démocrate Démocratique a souligné l'importance de la mobilisation et de l'expression des personnes dans le monde entier dans l'unification de la société et a décrit la mobilisation et l'institutionnalisation des Êzidîs au Shengal comme un exemple concret d'une telle organisation. La coordination a annoncé qu'une administration de la Société Démocratique d'Êzidî, composée de 31 représentants du Kurdistan et du reste du monde et de 5 coordinateurs, a été créée lors de la réunion sur le mont Shengal et une décision a été prise d'étendre et de renforcer les Unités de Résistance Shengal YBŞ) comme forces de défense au Shengal.
ANF
 
"Les massacres ne sont pas notre destin", solidarité avec es populations yezidi-e-s de Sinjar/Shengal

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Publié le 30 Novembre 2015

 

La France a été frappée par un acte de guerre de Daech. Les tensions internationales s'expriment vivement autour de la question syrienne. Nous observons d'un oeil positif les initiatives prises actuellement par différentes organisations pour dénoncer l'impérialisme, contre l'intervention militaire française en Syrie et contre la guerre.

 

Aujourd'hui, nous devons lutter contre un certain nombre d'idées fausses qui pénètrent les mobilisations populaires. C'est sur des bases justes et claires que nous devons lutter ensemble.

Historiquement, il existe une quasi unanimité en France pour dénoncer le régime de Bachar Al Assad et soutenir la "révolution syrienne". Nombreuses sont les organisations à avoir déjà réclamé une intervention de la France, mot d'ordre porté par une minorité de la bourgeoisie syrienne cooptée par l'Etat français pour accéder au pouvoir une fois le but de la chute du régime atteint.

Il est urgent de mobiliser contre l'impérialisme français. Nous considérons cet impérialisme comme notre ennemi principal.

 

La guerre civile syrienne

 

Nous n'avons jamais parlé de révolution syrienne. Le faste de la bourgeoisie syrienne et les réformes libérales de Bachar Al Assad ont suscité un mouvement de protestation populaire en 2011. Très vite, les forces progressistes ont été écrasées par le gouvernement.

Le fragile équilibre inter-communautaire a volé en éclat après des mobilisations à base clanique. Divers groupes armés réactionnaires alimentés par les détenus libérés (!) par Bachar Al Assad, assassins de masse, ont mis le pays à feu et à sang. L'armée a répondu en bombardant des villes.

Ce qu'il se passait, c'était une guerre civile.

Au milieu de ce chaos, ll fallait de l'imagination pour voir une révolution. Seul-e-s les militant-e-s kurdes du Parti de la Vie Démocratique (PYD) profitaient de ce que les troupes du régime avaient déserté les trois cantons de Rojava pour y constituer des institutions autonomes regroupant les différentes communautés. Les Forces Démocratique de Syrie qui regroupent les kurdes et leurs alliés des différentes communautés sont confrontées à l'ensemble des milices réactionnaires, allant des débris de l'Armée Syrienne Libre pro-turque à Daesh, qui les haïssent au moins autant qu'elles ne haïssent le régime.

Aujourd'hui, divers groupes tels que Jahbat-al-Nosra, fidèle (ralliée) à Al-Qaida, soutenus par divers pays, s'opposent entre eux, à l'armée du régime (armée arabe syrienne), et à Daech.

 

Nous regardons avec effroi la situation d'aujourd'hui. Nous souffrons avec les civil-e-s syrien-ne-s. C'est près de la moitié de la population qui a dû fuir son pays pour se réfugier à l'étranger et a tout perdu. Avec celles et ceux qui vivent avec la peur des snipers sur place. Avec les minorités qui doivent faire face à des forces qui veulent les exterminer.

Pas de place pour la lutte des classes quand les clans prennent les armes. Pas de place pour la révolution quand l'ordre du jour est l'extermination de telle ou telle minorité religieuse.

 

 

Nous sommes solidaires des progressistes syrien-ne-s qui ont soutenu les réfugié-e-s et les combattant-e-s de Palestine (à qui le régime fait quelques très mauvais coups tordus). Depuis le milieu du vingtième siècle, d'importantes fractions des masses syriennes, issues de diverses classes sociales opprimées par l'impérialisme, se sont mobilisées pour l'unité arabe et ont cherché les voies politiques qui permettaient de résoudre les contradictions inter-communautaires et claniques dans leur société. Le parti Baath syrien, au pouvoir depuis 1968 et qui a pu dans un premier temps susciter des espoirs de transformations sociales, a échoué à apporter les solutions permettant de dépasser ces divisions féodales. Incapables de confiance dans les masses populaires, réprimant toutes les luttes qu'ils/elles ne contrôlaient pas, les dirigeant-e-s baathistes en sont venu-e-s à s'appuyer sur un clanisme et un clientèlisme qu'ils/elles prétendaient combattre, pour se maintenir au pouvoir. Ce sont les limites historiques de la bourgeoisie nationale syrienne.

 

Les kurdes et tous les autres peuples du Rojava ont rejeté son autorité avec raison pour construire un embryon d'Etat plus démocratique, plus proche des droits des femmes et des intérêts des travailleurs/euses.

La question n'est pas de savoir si Bachar Al Assad est un dictateur à l'heure actuelle. Malgré les horreurs qu’ils ont commises et leurs méthodes criminelles, le président Haïtien Martelly, le Turc Erdogan, le président Ivoirien Ouattara ou Sassou-Nguesso au Congo-Brazzaville n’ont jamais été qualifiés de dictateurs par la France.

 

Nous ne prétendons pas décider à la place des peuples de Syrie de ce que doit être le sort de Bachar Al Assad. Ce que nous ne voulons pas, et ce que nous cherchons absolument à éviter est l'internationalisation de la guerre. Nous considérons que c'est aux forces progressistes et révolutionnaires sur place de choisir ce qu'il doit advenir du régime syrien actuel. Notre rôle est de les soutenir dans leurs choix.

En attendant, il y a une résistance progressiste et démocratique visible et active aujourd'hui en Syrie. Nos espoirs se placent vers le peuple Kurde et ses allié-e-s des différentes communautés qui se battent contre Daech et qui rendent coup pour coup. Notre priorité en Syrie doit être de les soutenir. C'est ce que nos militant-e-s tentent de faire dans la mesure de nos maigres moyens. De même, nous essayons de soutenir les réfugié-e-s syrien-ne-s.

 

Ce que nous souhaitons, aux syrien-ne-s, plus que tout, c'est la paix.

Malheureusement cette question n'est plus entre les mains seules du peuple syrien depuis longtemps.

 

La paix en Syrie, en Irak, c'est le retrait total de l'armée française et l'arrêt de toutes agressions à l'encontre de la Syrie par la France

 

La France a des intérêts de longues date en Syrie et au Liban. Si le régime est devenu un ennemi, c'est que la France essayait d'étendre son influence dans la région au delà du Liban et de son alliance stratégique avec Israël. Pour cela, elle a mis la question syrienne à l'ordre du jour dès la reprise de ses discussions stratégiques avec les USA, en 2004, à l'occasion du 60ème anniversaire du débarquement.

Elle s'est préparée pas à pas à mettre le pied en Syrie avec l'accord de ses alliés. Elle a coopté une opposition syrienne, puis armé divers groupes armés réactionnaires qu'elle soutient encore aujourd'hui. Elle a demandé de façon insistante une intervention en 2013.

Elle a l'habitude de semer le chaos et de faire éclater les tensions inter-communautaires au Moyen Orient. C'est la France qui est à l'origine de la séparation du Liban sur une base confessionnelle instable qui a mené aux guerres civiles et parfois génocidaires dans ce pays.

C'est notamment la France qui a appuyé l'annulation au début des années 1920 du traîté de Sèvres qui prévoyait la création d'un état Kurde, dont le territoire a été partagé en quatre entre la Turquie kémaliste et les puissances colonialistes occidentales, rendant les kurdes minoritaires partout sur leur propre terre.

La France a soutenu la création d'Israël, partageant le territoire palestinien. Elle a toujours soutenu les pétro-monarchies, les Etats de la "réaction arabe" (Jordanie, Arabie Saoudite, Emirats arabes unis, Bahreïn), alignés sur l'impérialisme. La France de François Hollande arme l'Arabie Saoudite et l'Egypte qui mènent la guerre et le chaos au Yemen contre la communauté chiite (Houthis). La France avec d'autres impérialistes a tracé des frontières à sa guise dans la région. Ce sont ces mêmes frontières que les peuples arabes et kurdes veulent désormais abolir.

 

Nous regardons avec effroi ce à quoi notre état a largement contribué.

 

La France n’a pas intérêt à résoudre quoi que ce soit en Syrie. Si elle pensait à l’intérêt de ces peuples, elle exigerait un corridor humanitaire pour que les révolutionnaires du Rojava puissent circuler librement en Turquie (pour que les militant-e-s présent-e-s en Turquie puissent rejoindre les cantons de Rojava), pour que des aides (médicaments, matériel de reconstruction) puissent arriver sur ce territoire qui résiste à Daech. Au lieu de ça, la France déroule le tapis rouge à Erdogan qui fait tout en Turquie pour faciliter les trajets meurtriers de Daech et établir un blocus autour du Rojava. Exigeons de la Turquie qu'elle arrête toute agression contre la Syrie et contre le Rojava et les kurdes.

 

Soyons vigilant-e-s face à la montée des tensions inter-impérialistes

 

Ce qui arrive aujourd'hui, c'est le bout de la stratégie de déstabilisation de la Syrie par la France dans une période où la crise du capitalisme exacerbe les tensions internationales. De l'Ukraine à la Syrie en passant par le Yémen, nombreux sont les lieux où les tensions entre états impérialistes risquent de se transformer en guerres ouvertes.

 

La crise nous mène à des heures de plus en plus sombres. L'économie étouffe, la production ne trouve pas de débouchés, la spéculation qui permet de faire circuler les capitaux (sur le bâtiment puis sur le pétrole puis sur le solaire) ne suffit plus à maintenir l'illusion, la crédibilité des banques est ruinée et celle des états au bord de la banqueroute.

 

Pour remédier à la crise, les USA se sont lancés à la conquête des puits de pétrole irakiens et se sont embourbés jusqu'à abandonner les fantoches corrompus et féodaux qu'ils avaient mis en place pour les laisser se faire balayer par une organisation réactionnaire et génocidaire qui a conquis du terrain et pris toutes les prérogatives d'un Etat : Daech.

L'Etat Islamique expansionniste dispute la Syrie à la France, met en danger l'Iran et les chiites. Il contrôle désormais une large part du marché pétrolier en Syrie, qui constituerait un quart de ses revenus. La Turquie veut se tailler une part du gâteau et est à l'offensive contre les kurdes et Bachar Al Assad. Elle profite de cette manne financière en laissant Daech écouler ses stocks en Turquie. Elle soutient l'Armée Syrienne Libre (ASL) contre la Russie. L'ASL aussi se bat pour le contrôle des puits pétroliers et surtout le contrôle de l'acheminement des productions irakienne et iranienne. Elle aussi veut sa part du gâteau pour elle même, et pour l'Etat turc qui la finance, l'arme et ouvre même des bureaux de recrutement pour renforcer ses troupes. Ce n'est pas la démocratie qui la motive, mais l'appât du gain.

La crise n'a jamais été aussi forte mais ce qui marche bien en ce moment, ce sont les industries de l'armement, l'aéronautique.

Il y a des années que les tensions n'ont pas été aussi vives entre pays impérialistes. Les aviations, les groupes armés locaux et parfois les troupes au sol des divers états impérialistes sont sur place et ne sont pas dans le même camp. Peut-être les tensions internationales vont-elles se résorber. Ou peut-être vont elle dégénérer en conflit mondial. Ce monde est une poudrière, il y a plusieurs zones de friction entre impérialismes (Syrie, Ukraine).

Ne restons pas muet-te-s face à cette situation ! Si nous voulons la paix, nous devons nous battre contre notre propre impérialisme et sa politique guerrière !

 

Et la Russie, la Chine et l'Iran ?

 

Il est de bon ton aujourd'hui d'attaquer politiquement les concurrents de la France et de ses alliés en Syrie. De nombreuses organisations dénoncent en coeur avec l'état français l'ingérence de ces pays. Mais pour nous cette ingérence n'est pas pire que celle de la France.

Pour nous, la  politique de la Russie, de la Chine et de l'Iran n'est que la démonstration des conflits inter-impérialistes. La Russie, la Chine et l'Iran soutiennent Bachar Al Assad, et n'ont pas intérêt à voir sa chute. Ils ont encore moins intérêt à voir les positions françaises ou américaines se renforcer dans la région. Leurs intérêts sont donc contraires avec ceux de la France. Ces contradictions, une fois aiguisées à l'extrême peuvent mener à la guerre, or c'est la guerre que nous voulons éviter! Nous n'avons rien à gagner en tant que peuple dans la guerre entre impérialistes. C'est leur guerre, mais ce sera nos morts !

Alimenter les velléités guerrières de la France contre les autres pays, c'est pousser la France à la guerre, c'est encourager notre bourgeoisie à marcher sur les peuples.

Dans cette configuration, le chaos pourrait mener à de nouveaux génocides, comme ceux dont l'impérialisme français est déjà été complice partout où ça favorisait son business, même au profit de centaines de milliers de morts, hommes, femmes et enfants.

Dans cette configuration de guerre, la France mène une politique de plus en plus antagonique à celle de la Russie et de l'Iran. La France était avec Israël la puissance la plus réticente à un accord avec l'Iran. Les médias français présentent les Russes et les chiites comme les seuls expansionnistes. Ils présentent le Hezbollah chiite libanais comme une force étrangère au conflit syrien, téléguidée depuis l'Iran.  C'est pourtant sur les chiites irakiens que les impérialistes US se sont appuyés pour constituer leurs autorités d'occupation.

 

Avant de nous préoccuper des politiques russes et iraniennes, occupons nous de l'ennemi sur lequel nous avons le plus de prise : notre propre impérialisme.

 

A bas l’impérialisme Français !

 

Nous devons nous rendre compte du rôle joué par notre pays dans l’échiquier politique mondial et combien il concourt depuis des années à l'aggravation des tensions dans la région de façon volontaire.

 

Le gouvernement nous promet que l'armée et ses opérations militaires nous apporteront la sécurité face au risque d'attentats. Nos vies ne valent pas plus que celles des autres prolétaires et des autres peuples du monde. Notre sécurité n'a pas à être une priorité par rapport à celle des civils syrien-ne-s, irakien-ne-s et nos bombes ne leur apportent aucune perspective à part la fuite ou la mort.

 

Notre sécurité n'est d'ailleurs même pas la priorité pour notre gouvernement. Sa priorité est dans les enjeux stratégiques du conflit syrien et les parts du marché du pétrole irakien et iranien que les capitalistes français veulent. Ce n'est pas pour nous défendre que notre pays bombarde la Syrie et l'Irak, mais pour défendre les capitalistes français et leurs intérêts. Nous n'avons aucun intérêt là dedans.

 

Les attentats de Paris ont été commis par un Etat avec lequel notre pays est en conflit. Nos bombes ne sont pas moins condamnables, meurtrières, barbares que les attentats.

 

La différence, c'est que ce sont nos bombes que nous pouvons arrêter par notre mobilisation contre l'impérialisme français.

 

Ne pas nous laisser museler par l'état d'urgence, persister à lutter au travail, contre les expulsions, contre les violences faites aux femmes est nécessaire. Nous n'avons pas à accepter l'unité nationale au nom de laquelle nous serions tenu-e-s d'arrêter nos grèves et nos manifestations. Celles et ceux qui nous exploitent, celles et ceux qui nous licencient, nous expulsent de nos logements, dans lesquels ils et elles nous entassent, deviendraient-ils soudain nos alliés ? Pouvons nous compter sur eux pour nous protéger ? De quoi ?

 

Nous ne pouvons pas ignorer la situation internationale et que des bombes tombent en notre nom sur la Syrie et l'Irak. Nous ne pouvons pas ne pas porter la revendication de l'arrêt des bombardements et de la politique agressive à l'encontre de la Syrie de l'Etat français. Ignorer la question anti-impérialiste à l'heure actuelle, c'est cautionner l'agression militaire de la France.

Notre pays joue les va-t-en guerre depuis des années, multiplie les interventions militaires. Il n'apporte que le chaos et la barbarie autour du monde. Les intérêts de l’Impérialisme Français et de ses grands groupes ne sont pas ceux des travailleuses et travailleuses de France, encore moins ceux de la classe ouvrière mondiale.

 

Sommes nous de son côté, ou du côté des peuples du monde qui souffrent par sa faute ?

Nous avons la responsabilité devant tou-te-s celles et ceux qui risquent d'en mourir, de tout perdre, par la faute de la politique étrangère de la France. Refusons qu'elle continue à agir de la sorte. Refusons les frappes aériennes. Exigeons l'arrêt du financement de groupes armés réactionnaires. Protestons lorsqu'on nous annonce l'envoi d'un porte avion, dans une toute petite mer Méditerranée.

 

De Madagascar à Paris, de Haïti à la Syrie, dans toute l’Afrique, nous soutiendrons toutes les initiatives progressistes qui affrontent l’Impérialisme Français, parce qu’il faudra beaucoup de luttes pour faire tomber l'une des plus agressives des puissances mondiales. Mais c'est une puissance en déclin, et coup après coup, nous participons à l'affaiblir.

 

Notre premier ennemi, cest notre impérialisme !

Non à l'intervention en Syrie !

Arrêt des bombardements, retrait des armées impérialistes !

Soutien à la résistance kurde et ses allié-e-s !

 

 Contre les faux amis de la Classe ouvrière, démasquons les vrais alliés de l'impérialisme

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Rédigé par OC Futur Rouge

Publié dans #Anti-impérialisme, #Syrie, #irak, #kurdistan, #Turquie, #Répression, #Paris

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