La planète noyée sous le pétrole

Publié le 2 Janvier 2016

2016 : la planète noyée sous le pétrole 
Analyse de l’OC-FR sur le marché pétrolier
 
2016 va battre un nouveau record : jamais le coût du pétrole et donc des carburants n’a été aussi faible. Les prix des matières premières et des produits miniers de façon générale (or, charbon, cuivre, gaz…) ont chuté de 10 à 50%. Toutes ces matières premières ont chuté sur le marché en 2015, mais celles qui ont la visibilité et la conséquence la plus immédiate, sont les hydrocarbures. Jamais les impérialistes n’ont exploité autant les énergies fossiles que sont le pétrole et le gaz de schiste. A force de pomper, tout les records ont été battus en 2015. 
Cette donne change donc de la situation du début de la crise économique mondiale, en particulier en Juillet 2008 lorsque le prix du pétrole s'était envolé du fait de la spéculation (les médias parlaient alors de "nouveau choc pétrolier"). La spéculation permet de faire circuler les capitaux lorqu'il n'y a pas de débouchés dans la production du fait de crises. Ils viennent faire monter le cours de l'or, de l'immobilier, du pétrole de façon artificielle jusqu'à ce que la bulle éclate et qu'ils aillent se fixer ailleurs. Un cours du pétrole élevé entraînait des investissements dans l'extraction du pétrole et les activités et sociétés associées.
Cette époque est finie. Aujourd’hui, le prix du gazole, principal carburant en France, vaut en moyenne 99,35 centimes d’euros le litre. 
 
Cette baisse s’explique par la surproduction et donc la surexploitation des réserves pétrolières, et des matières premières ; ce qui provoque une suroffre. C’est la conséquence de la compétition inter-impérialiste mondiale dans la lutte pour dominer le marché, écouler les stocks et asphyxier les concurrents. (C’est la même logique qu’avec les surplus agricoles : l’intensification de la production agricole amène les agriculteurs à supprimer une partie de leur production pour maintenir sa valeur, et ne pas voir les grandes surfaces baisser les prix auxquels elles leur achètent les légumes, la viande, le lait etc.) 
C’est aussi la conséquence de l’augmentation effrénée des capacités de production depuis plusieurs décennies, notamment avec la fracturation hydraulique. Elle permet aux Etats-Unis de doubler leur production de pétrole, et de largement diminuer leur besoin d’importer.
D’autres états, comme la Chine, l’Afrique du Sud, l’Australie, la Russie et le Canada, prennent la même voie que les Etats Unis, ce qui déstabilise les pays du golfe qui intensifient la course aux prix les plus bas et à l’extraction pétrolière, pour tenter de conserver leur hégémonie sur le marché. Or plus les prix baissent, plus il faut extraire. C’est un cercle vicieux dont on ne se sort que par une crise.
Pendant ce temps, la Chine, premier importateur mondial de pétrole, baisse sa demande, en même temps que sa croissance ralentit. Il y a donc de plus en plus de pétrole sur la marché, mais de moins en moins de demandeurs.
Dans le même temps, les investisseurs sont de moins en moins nombreux à être attiré par les activités pétrolières, du fait de la faiblesse du prix du pétrole, excepté pour l'extraction de gaz de schiste. Or les activités pétrolières et leurs fournisseurs sont eux-mêmes consommateurs de pétrole. C'est le serpent qui se mord la queue.
La consommation de pétrole a pourtant fortement augmenté dans le monde. Jamais il n’y a eu autant de livraisons de carburants routiers qu’en 2015 !
Les principaux acteurs de cette concurrence mondiale sont les Etats-Unis, et les pétro-monarchies arabes du golfe (Arabie Saoudite, Qatar, Emirats Arabes Unis, Koweit…). Ce sont ces acteurs qui fixent les prix avec le cartel de l’OPEP, cette dernière contrôlant 30% de la production brute mondiale.
La situation devrait s’intensifier avec la fin de l’embargo pétrolier sur l’Iran, qui détient 13 % des réserves mondiales de pétrole, au grand détriment de ses rivaux voisins, en particulier l’Arabie Saoudite. Le prix du baril devrait donc rester en dessous de 60 dollars en 2016. L’OPEP maintient ses quotas de production à 32,12 millions de barils par jour. De son côté, la production Russe atteint le record de 10,78 millions de barils par jour.
 
La France prend sa part, en particulier en Afrique. Elle utilise aussi ses colonies pour accéder à des réserves d’hydrocarbures. C’est le cas au large de la Guyane, et potentiellement dans les territoires en Antarctique, au large des îles Eparses dans l’Océan Indien et dans les terres australes.
Lors de la campagne présidentielle, François Hollande avait promis de réformer le code minier, pour limiter les prospections pétrolières. Au contraire, après avoir été élu, l’une de ses premières mesures a été de donner à Total et Shell des droits d’exploration et d’exploitation en Guyane. Depuis, les forages d’hydrocarbures se sont enchainés sur le territoire de l’état français métropolitain et d’outre-mer.
Des prospections pour le gaz de schiste sont également menées dans la vallée du Rhône, en Ardèche, dans les Cévennes, en Seine et Marne… Si ce gaz venait à être exploité, cela modifierait définitivement la géographie et la géologie de ces territoires. Les populations se verraient expropriées et chassées au nom du service public énergétique, véritable enjeu stratégique pour l’impérialisme français. L’état Français et l’UFIP (le lobby des pétroliers français) connaissent la place centrale dans la politique d’exportation et de commerce extérieur que constituent les éléments d’hydrocarbures et énergétiques. Ce n’est pas pour rien si la France concentre autant de centrales nucléaires, et exploite à travers le monde autant de mines de charbon et de gaz. L’état Français investit directement et massivement dans ce secteur, pilotant la politique de grands groupes monopolistiques. Elle organise des entreprises publiques, et participe au capital des  entreprises privées. L’état détient par exemple plus de 10% du capital de CGG, une entreprise française dont le rôle est de trouver à travers le monde de nouveaux gisements. Elle est particulièrement active en Afrique et au Proche Orient.
La France participe à une lutte pour la conquête de nouveaux territoires vierges, et riches en ressources, en particulier aux cercles polaires. Avec la fonte des glaces et le réchauffement climatique, de nouvelles zones à explorer s’ouvrent pour les impérialistes, peu importe les conséquences mondiales que cela pourra avoir sur la planète et l’humanité.
 
Dans cette concurrence effrénée, un nouvel acteur est entré sur le marché mondial : Daech, qui  contrôle 60% des champs pétroliers en Syrie, et certains puits en Iraq et en Libye. A l’échelle internationale c’est un petit producteur, mais à l’échelle régionale il commence à faire de l’ombre aux monarchies arabes. Daech a une capacité de production de 40.000 barils de pétrole par jour. A titre de comparaison, Total fournit 2,3 millions de barils de pétrole par jour. Rien d’étonnant donc, à ce que la France soit en guerre en Iraq et en Syrie, et a priori bientôt en Libye.
 
La crise pétrolière sera inévitable. Les réserves ne sont pas illimitées, cette source d’énergie n’est pas renouvelable.
Les conséquences seront mondiales et dévastatrices. Cette crise impactera l’ensemble de l’économie tant les industries dépendent du pétrole. Elle amènera dans son sillage crises de production et crises alimentaires. 
Qu’il s’agisse de l’industrie de la chimie, agricole, plastique, automobile, textile, ferroviaire, aéronautique, aéronavale, aérospatiale… Toutes dépendent des hydrocarbures et conditionnent notre mode de vie d’aujourd’hui.
L’agriculture intensive étant un secteur particulièrement dépendant des hydrocarbures, la crise du pétrole amènera des crises de production agricoles et alimentaires. Cela signifiera l’expansion des famines et des émeutes de la faim comme en 2008 lors de la crise alimentaire mondiale.
Cette crise pétrolière plongera des états comme le Venezuela ou l’Angola (qui sont au bord de la faillite, et dont les économies, non diversifiées, dépendent exclusivement de ces ressources) dans le désastre. Ils ne peuvent déjà plus suivre, aujourd’hui, les quotas imposés par l’OPEP. Ces états dont la source principale de revenu provient du pétrole devront trouver d’autres sources financières, et réduiront drastiquement leurs budgets, avec les risques que cela implique pour la population. Le Nigéria avait par exemple réussi à faire effacer une partie de sa dette, mais la crise pétrolière l’obligera à s’endetter massivement à nouveau pour faire face à ses obligations budgétaires. Les pays impérialistes feront tout pour les faire payer.
Même l’Arabie Saoudite, leader mondial sur le marché du pétrole, se rapproche de la crise. L’agence de notation américaine Standard & Poor’s prévoit qu’en 2016 son déficit budgétaire atteigne 16% de son PIB, alors qu’il n’était jusque là que de 1,5%. Cette course effrénée qui vise à écouler les stocks est aussi une course effrénée vers la chute. C’est pourquoi ce pays a tout intérêt à s’opposer à l’Iran, qui le concurrencera directement. L’Arabie Saoudite mène déjà une politique belliciste à l’égard de ses voisins qui peuvent lui faire de l’ombre sur le marché pétrolier. Elle domine la vie politique de voisins comme le Bahreïn. Avec l’Egypte, et les armes vendues par la France, l’AS est actuellement en guerre au Yemen pour soumettre le pays et sa population à des plans d’hégémonie régionale. 
 
Pour l’OC-FR il est urgent de construire l’unité anti-impérialiste. Les grandes puissances nous mènent à perte et à la destruction. Elles vident nos ressources sans se préoccuper de l’avenir, elles détruisent nos territoires sans se préoccuper des peuples, elles saccagent nos conditions de vie et de travail en exploitant la classe ouvrière tant qu’elles peuvent. Lutter est une question de survie.
Il faut stopper cette sur-production qui caractérise le système capitaliste et l’anarchie de son mode de production. C’est urgent. 
Avec la crise économique, et la baisse tendancielle du taux de profit, les capitalistes se sentent obligés de trouver de nouveaux moyens pour préserver leurs parts de marchés, au détriment des peuples et des classes populaires. 
Il faut exproprier les multinationales et toutes les compagnies pétrolières. Il faut planifier notre production, et prendre en compte nos besoins réels de consommation. Tout cela n’est possible qu’avec le socialisme, si nous faisons une révolution.
 
Cette situation est l’héritage que les capitalistes nous laisseront et que nous devrons gérer, le jour où nous construirons le socialisme après la révolution. Nous ne voulons pas avoir la responsabilité des désastres mondiaux des capitalistes. Nous voulons hériter d’un monde sain, propre, cultivable, et non du chaos. Il faut donc lutter dès maintenant contre les projets des capitalistes. Il faut nous opposer aux nouveaux forages, aux prospections minières, les empêcher d’épuiser nos sols, de rendre notre air irrespirable, et nos eaux empoisonnées.
 
 
A bas l’impérialisme ! Vive le socialisme !
La planète noyée sous le pétrole

Rédigé par OC Futur Rouge

Publié dans #Impérialisme, #environnement

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