Publié le 30 Mai 2018

 

Laurent Bouvet n’est pas un mec super-cool

On ne sait pas si vous connaissez Laurent Bouvet. Le co-chef du cyber-groupuscule Printemps républicain. L’idéologue et le porte-flingue de Manuel Vals. Un pote de Caroline Fourrest et Elisabeth Badinter, avec un rond de serviette permanent à Marianne et à Causeur. On  hésitait un peu à parler de lui parce que c’est toujours pareil avec ce genre de malfaisants ; on hésite à leur faire de la pub, parce qu’ils n’attendent que ça. Même quand leur  notoriété ne leur sert pas de gagne-pain, elle constitue le seul kif de leur pauvre existence minable, sans sourire, ni tendresse, ni confiance, ni amour, ni amitié ni camaraderie autre que celle de leurs copains haters. Communier dans la haine, ça n’a jamais donné un sens à la vie. C’est pourquoi ce genre de personnes à défaut d’’avoir ce qui fait une vie réellement vécue,  jouissent de l’impact qu’ils ont sur la vie des victimes de leurs campagne de dénigrement. On devrait sans doute leur opposer le silence pour leur montrer leur manque d’importance et les laisser crever dans notre mépris . Ce n’est pas les destructeurs qui comptent dans ce monde, en dernière analyse, ce sont les peuples courageux qui survivent les larmes aux yeux et continuent à construire. Ce sont eux qui auront le dernier mot.

C’est un peu comme Alain Soral. Pendant très longtemps on n’a pas voulu écrire « Alain Soral » de peur de révéler l’existence  de cet individu à des lecteurs qui auraient passé les cinq dernières années dans un igloo, avec une tempête de neige qui aurait brouillé leur connexion internet.  En même temps, Laurent Bouvet n’a pas besoin de nous pour se faire de la pub. Il a BFM-TV pour ça. BFM-TV qui l’invitant le 16 octobre pour porter la contradiction à Caroline de Haas sur la question du hashtag « Balance ton porc ». Pourquoi lui me direz-vous ? Parce qu’il avait tweeté la veille: « Et un hashtag#balancetonmecsupercool pour mettre en valeur les hommes qui ne se conduisent pas comme des porcs ». C’était vraiment très, très, très intéressant, si, si…même si Bouvet faisait son modeste : « Je suis ravi que vous m’invitiez pour en parler, c’est amusant parce que quand j’ai fait ce tweet, je ne pensais évidemment pas qu’il y aurait de polémique autour de ce tweet » Il est comme ça, Laurent, il tweete comme il pète, ce n’est pas de sa faute si BFM-TV trouve que ça sent bon.

Donc Laurent cherche des meufs pour le mettre en valeur. Des meufs qui le remercient au quotidien d’être un « mec super cool » qui s’abstient, dans sa grande générosité, de les harceler ou de les agresser. Et comme il n’en a apparemment pas trouvé dans son entourage immédiat pour le faire spontanément, il lance un appel au monde. Laurent, c’est un petit qui souffre : si on ne le complimente pas, il croit qu’il n’existe pas. Pourtant, dit-il : « il me semble qu’il y a une immense majorité d’hommes qui ne rentrent pas dans la catégorie des « porcs » dont il s’agit dans ce hashtag et qui sont des gens qui eux aussi sont contre le harcèlement des femmes et qui pour eux si vous voulez, ne seraient jamais, ça ne viendrait jamais à l’idée de se conduire comme des porcs avec les femmes, mais défendent aussi la cause des femmes » (transcription Acrimed).

Laurent Bouvet est il un porc ? On s’abstiendra bien de le dire, même si, comme ça, à vu de nez, il a l’air banalement humain. Un bon bureaucrate franchiman, pour tout dire. On ne l’imagine pas une seconde capable d’ouvrir un enclos à coup de groin pour rejoindre sa femelle enfermée, par exemple. On a tellement reproché aux gauchistes d’avoir donné la parole à un chien lors d’une conférence de presse dans la digne université de Tolbiac, que nous ne pouvons même pas imaginer qu’un cochon puisse exercer depuis 2011 les fonctions de  professeur à la Faculté de droit et de science politique de l'université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, et depuis 2016 celle de membre du Conseil scientifique de la Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme et l'antisémitisme (DILCRA) et être ainsi grassement payés avec nos impôts en échange de ses grognements, sans que la fachosphère qui veille sur nos comptes publics jamais ne s’en émeuve.

Les petits stukas gazouillent dans la forêt

Si Laurent Bouvet n’est pas un porc, de quoi donc est-il le nom ? Un rapide examen de ses récents exploits nous en donne une petite idée. Avec ses potes du printemps républicains, Bouvet travaille en meute pour pourrir la réputation des personnes qui le dérangent.  En octobre 2017, il parvient à faire annuler par l’Université Lyon 2 un colloque sur l’islamophobie qui réunissait universitaires et associatifs. En décembre 2017, il obtient du gouvernement la tête de Rokhaya Diallo qui venait d’être nommée au conseil national du numérique. En février 2018, il fait renvoyer de the Voice la chanteuse Mennel Ibtissem pour un turban et deux messages FB. Et la semaine dernière, il lançait une campagne contre Maryam Pougetoux, la présidente de l’UNEF de Paris IV-Sorbonne, avec une blague bien glauque sur « la convergence des luttes » sous prétexte qu’elle portait un foulard sur la tête. On sait que depuis les ministres Schiappa, Blanquer et Collomb ont relayé la polémique.  Et que Charlie Hebdo lui a consacré sa une, avec un dessin abject de Je suis partout ou de La libre parole.

 

L’homme, disait Hegel, n’est jamais que la somme de ses propres actes. Laurent Bouvet se dit laïc, républicain et de gauche, mais il dit bien ce qu’il veut ; cela ne vaut que ce que valent les mots d’un polémiste aux sincérités successives. Dans les faits il est l’allié des défenseurs identitaires de l’  occident chrétien, il travaille main dans la main avec la fachosphère en relayant leurs sujets de campagne et parfois en leur en refilant de nouveaux sujets clef en main. Rendu là, il pourrait tout aussi bien se dire maoïste (après tout les gens comme lui, ça ose tout) que ça n’y changerait pas grand-chose : Laurent Bouvet est avant tout un cyber-harceleur de femmes musulmanes. Il cherche à briser leur carrière et parfois leur vie, à anéantir leur bonheur. Il cherche à les faire taire, à les invisibiliser, à les chasser de l’espace public, à les empêcher de prendre des responsabilités syndicales et politiques.  Il y prend probablement beaucoup de plaisir, dans sa planque de sniper (« pour les chasseurs les vrais il faut de la chair tiède avec du sang vermeil » disait le poète), d’autant qu’on le paie avec nos impôts à passer ses journées à ça. Et si notre « républicain de gauche » illustre, avec ses petites lettres de dénonciation, une certaine tradition française on doute que ce soit celle de la Commune de Paris.

On nous objectera que Bouvet est aussi capable de s’en prendre à des mecs (quand il veut faire déprogrammer le fantaisiste Yassine Belattar des salles où il se produit), voir à des mecs bretons (quand il entend faire rendre gorge à Edwy Plenel) pour peu qu’ils s’opposent à sa croisade raciste et islamophobe. Ce n’est pas pour rien qu’il a posté le 25 avril un photomontage contre l’occupation de Tolbiac avec le chien de la conférence de presse (celui que les anti-bloqueurs ont appelé Guevara), Juliette (la camarade qui a porté la contradiction à Robert Ménard sur LCI à propos de la non-mixité ) et Leïla (qui avait évoqué un blessé grave lors de l’évacuation policière) avec pour titre « La komune libre de Tolbiac présente : le chien, la folle et la menteuse ».  La « folie » de Juliette, c’était d’avoir osé dire que les réunions non-mixtes de racisé-e-s sont légitime, que ce ne sont pas les blancs qui sont opprimés en France et que l’argument du racisme anti-blanc est un mensonge. Outre Robert Ménard, elle était ce soir là opposée à la royaliste Eugénie Bastié et au renégat Romain Goupil, autant dire que c’était une de ces réunions en non mixité blanche (et bourgeoise) comme il s’en tient tous les soirs sur LCI et sur BFM-TV. En traquant systématiquement des jeunes femmes noires, arabes et/ou musulmanes des médias au nom de la laïcité et de l’universalisme républicain, Laurent Bouvet cherche en réalité à protéger le monopole sur la parole publique exercé par des experts blancs et bourgeois, de préférence des hommes hétérosexuels universitaires de cinquante ans avec une barbe de trois jours et « super cools ».  Et Juliette agit au contraire en universaliste conséquente quand, du haut de ses 19 ans, elle annonce au monde que le roi est nu et que le prétendu universalisme républicain n’est que le paravent de la domination bourgeoise, raciste et sexiste. Il faut donc la dire folle et organiser une campagne de lynchage pour la faire taire. Et surtout faire taire les personnes racisé-e-s dont les initiatives antiracistes au sein du mouvement étudiant à Tolbiac ont été durement réprimées, de nombreux réactionnaires criant au scandale, et peu soutenues par le mouvement étudiant.

Incohérence de l’incohérence

Peu de temps après avoir livré Maryam Pougetoux à la haine publique, Bouvet essayait de se justifier dans une interview complaisante au Figaro (journal  attaché aux valeurs laïques et de gauche, comme chacun sait). Comme son combat était douteux, ses objectifs pas trop avouables et ses méthodes plutôt tordues, il se mélangeant  dans ses propres contradictions tout en pointant l’ « incohérence » de sa victime. Ainsi,  il disait n’avoir  rien contre le fait que des croyant-e-s s’engagent  politiquement et syndicalement, à condition qu’ils/elles pratiquent leur religion de la façon dont on leur dirait de le faire, qu’ils/elles s’engagent où on leur dirait de s’engager (surtout pas à gauche), qu’ils/elles ne  portent rien sur leur tête et qu’ils /elles ne s’appellent pas Maryam Pougetoux. « Ce qui est impossible, et donc inacceptable (…) c'est d'affirmer à hauts cris que l'on est pour l'émancipation post-moderne de l'individu, ce qui fait ressembler aussi bien la foi que l'engagement politique à un supermarché où chacun se sert comme il l'entend, en fonction de ses intérêts individuels et de sa préférence identitaire du moment.  ». OK donc Bouvet a commencé sa carrière fédéraliste et rocardien et ses « idées » n’ont jamais cessé d’évoluer en fonction de ses intérêts immédiats, mais ça ne l’empêche pas de juger la vie des gens sans la connaître, de témoigner un total mépris pour leur engagement, de les prendre ouvertement pour des quiches, de s’estimer le droit  leur faire le rappel, de  les clouer à une assignation identitaire, pour finalement juger inacceptable l’idée de conversion (on suppose que,  parti comme il est parti, il finira par prôner la peine de mort pour les apostats). A force de masquer son propre communautarisme blanc derrière le masque de la défense du bien-commun, Bouvet n’imagine même pas qu’un-e croyant-e puisse s’engager en politique pour autre chose que pour servir sa propre foi, par exemple pour la défense des droits  sociaux et démocratiques de tou-te-s.  Le texte de son tweet contre Maryam  «A l’UNEF,  la convergence des luttes est en bonne voie » montre assez sa volonté de diviser le prolétariat sur la base de la foi.

On relèvera l’accusation de post-modernisme, décidemment très à la mode chez les réactionnaires cette saison-ci. Il y a cinq ans, on parlait de « liberalisme libertaire» (Soral s’était fait une spécialité de dénoncer les « bobos li-li »). Et en 2004, à l’époque où les plus ancien-ne-s d’entre nous protestaient contre l’exclusion hors de l’école des jeunes filles voilées, ils /elles se faisaient traiter de « relativistes culturels».  Il s’agit d’un sophisme bien connu, l’ « argument de l’homme de paille » qui  consiste à présenter la position de son adversaire de façon volontairement erronée pour la discréditer. Puisqu’on exclut les enfants des classes populaires au nom de la « méritocratie » et les minorités nationales au nom de l’ « universalisme », autant traiter de « post-modernes » les défenseur-e-s des droits démocratiques.  

Pour éloigner les malfaisant-e-s, on se contentera de citer un auteur classiquement post-moderne : « Pourquoi (…) la corruption des fonctionnaires et la façon dont la police traite le « bas peuple » des villes, la lutte contre les affamés, la campagne d’excitation contre l’aspiration du peuple aux lumière de la science, l’extorsion des impôts, la persécution des sectes, le dressage des soldats et le régime de caserne infligé aux étudiants et aux intellectuels libéraux-pourquoi toutes ces manifestations de l’oppression et mille autres encore qui ne sont pas liées directement à la vie économique , seraient-elle en général des moyens et des occasions moins  « largement applicables » d’agitation politique, d’entraînement de la masse à la lutte politique ? Tout au contraire, dans la somme totale des occasions quotidiennes où l’ouvrier souffre (pour lui-même ou pour ses proches) de son asservissement, de l’arbitraire et de la violence, les cas d’oppression policière s’appliquant précisément à la lutte professionnelle ne sont, certainement qu’une faible quantité. Pourquoi alors restreindre à l’avance l’envergure de l’agitation politique (…) ? » (Lénine, Que faire ? , 1904)

Nous luttons pour le socialisme, c'est-à-dire une société où la liberté et la sécurité de tou-te-s sera garantie (sauf celle des exploiteur-e-s, des oppresseur-e-s et des fascistes). Nous défendons dès à présent-e-s la liberté des croyant-e-s a participer à la vie militante sans se trouver en permanence renvoyé-e-s à leur foi, leur liberté de conscience n’est pas un danger pour les non-croyant-e-s, c’est le verrou qui protège notre liberté à tou-te-s. Mais de Bouvet on ne veut ni dans nos mouvements, ni dans nos manifs, ni pour l’aïd al-fitr, ni pour kippour, ni pour noël : c’est vraiment pas un chic type…

Oui, la convergence des luttes doit inclure la lutte pour les droits démocratiques des minorités nationales et religieuses !

Solidarité avec Maryam et avec toutes les victimes de la chasse aux sorcières « laïque et républicaine »

Laurent Bouvet, cyber harceleur islamophobe

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Rédigé par OC Futur Rouge

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