« Affaire Sophie Perrin » : Lyon 2 entièrement déboutée de sa plainte !

Publié le 15 Mars 2014

Lyon 2 avait porté plainte fin 2010 pour « harcèlement moral » ( !) et « intrusions non autorisées dans les campus, en vue de troubler l’ordre public », contre Sophie Perrin, salariée en reprise d’étude et élue syndicale en conseil d’UFR, qui venait d’y être évincée de l’accès en thèse après un master (ex-DEA) obtenu avec mention très bien, en anthropologie, sur un sujet peu étudié, et de ce fait mal connu : les violences sexuelles incestueuses, en France.

Cette plainte était conjointe d’arrêtés pris par le président de l’université, et interdisant tout accès physique aux campus à Sophie jusqu’au verdict pénal définitif.

Or, ne restaient, suite aux auditions policières de Sophie, comme motif d’inculpation jugé viable, que…ces intrusions non autorisées (non autorisées, du fait des arrêtés d’interdiction administrative, rendus possibles juridiquement par l’existence de cette plainte… ! ).

Quand le coupable se pose en victime :

le Parquet n’y voit que du feu, le TA aussi…et nous ?

Malgré cette utilisation, pourtant clairement dévoyée, du système judiciaire, Sophie n’a obtenu l’annulation des arrêtés d’interdiction qu’en appel, auprès du tribunal administratif, puis a du également aller en appel au pénal pour que l’université soit entièrement déboutée de sa plainte (par la 4e Chambre d’Appel correctionnelle de Lyon).

Bilan : deux ans et demi d’interdiction totale d’accès aux campus pour Sophie, dont un an supplémentaire du fait de son appel de la décision pénale de 1ère instance ; une réputation ruinée par l’étiquette de « harceleuse » dans le monde universitaire, mais aussi, souvent, dans les sphères militantes connexes, quasi-absentes de la solidarité autour de notre camarade.

Lyon 2 déboutée de sa plainte, Sophie le doit surtout à sa ténacité à avoir voulu faire appel !

Et cette victoire nous sert à tou.te.s, car elle produit une jurisprudence qui affirme que les lois sécuritaires, d’adoption récente, utilisées dans cette plainte, ne peuvent s’appliquer aux établissements d’enseignement supérieur pour en restreindre l’accès arbitrairement.

L’Université reste ainsi un lieu ouvert à tou.te.s, et non uniquement à des personnes ayant payé des droits d’entrée comme c’est le cas dans le privé.

Une victoire en demi-teinte :

aller en Cassation sur le reste, c’est nécessaire !

Adossée début 2011 à la plainte de l’université, celle de l’ex-codirectrice de mémoire de master de Sophie elle-même : une sociologue de Lyon 2, qui affirme avoir été victime notamment d’appels téléphoniques « malveillants » de Sophie.

Cette sociologue n’hésite pas, dans ses PV de police, à expliquer que Sophie est sujette à

« des crises de protestation ayant pour objet le pouvoir. Je vous informe qu’elle est très impliquée dans le mouvement syndicaliste et anarchiste ».

Quelle base matérielle à son accusation de malveillance ?

- Des SMS, reçus au lendemain de l’entretien avec le président de Lyon 2 du 10/09/2010, qui fait comprendre à Sophie qu’elle n’entrera pas en thèse cette année, car en fait ses directeurs.trices de mémoire l’ont lâchée. SMS qui ne trouveront que le silence de la sociologue en réponse.

- Un unique appel téléphonique, le 4 février 2011 à 7h du matin, effectué par Sophie dans le but de questionner de vive voix cette enseignante en qui elle avait placé sa confiance, à propos de ce qu’elle laissait faire par son silence dans cette affaire : son éviction, et également les menaces que « cela se passe très mal » si elle osait encore venir dans les campus, proférées la veille à son encontre par des vigiles sur le campus de Bron.

Mais n’ayant, in fine, que…le silence du répondeur, Sophie craque, et profère alors des insultes, après avoir demandé : « vous trouvez ça normal que les vigiles me menacent de violences si je reviens dans les campus ? ».

Dans ses PV de police, la sociologue commentera simplement, à ce propos :

« Elle [Sophie] adore contrer les règles. Par exemple, elle est exclue des locaux et du coup elle ne fait que venir à l’université d’où elle se fait raccompagner par les agents de sécurité se faisant passer pour une pauvre étudiante que l’on empêche de poursuivre ses études ».

Sophie, en appel comme en première instance, a été condamnée à 2 mois de prison avec sursis mise à l’épreuve de 18 mois, obligation de soins psychiatriques et interdiction d’entrer en relation avec cette enseignante, ainsi qu’à des dommages intérêts importants à lui verser (1000 euros).

Et ce, sur la base d’une pièce non communiquée à la défense par le Parquet : le courrier de cette sociologue, daté du 8 février 2011, soit 4 jours après l’unique appel téléphonique de Sophie, qui l’accuse semble-t-il de multiples appels téléphoniques où elle pousserait « des hurlements et des grognements de folle » ( !).

D’où vient la malveillance ? La question peut être posée.

Traînée en correctionnelle comme une délinquante, Sophie attend toujours, en revanche, que le Parquet donne réponse à ses plaintes contre Lyon 2 : la première, pour la censure, illégale, de ses adresses mails, revendiquée noir sur blanc par l’université, attend ainsi depuis deux ans et demi, malgré les preuves matérielles jointes !

Les mandarins, du balai !

Parce qu’il n’est pas acceptable que l’accès en thèse soit compromis par les négligences de directeurs de mémoire !

Parce qu’il n’est pas acceptable de percevoir des dommages-intérêts pour avoir avec succès traîné quelqu’un dans la boue et ruiné ainsi ses possibilités de poursuivre son cursus !

Parce que la plainte de cette sociologue n’est pas indépendante de celle de Lyon 2, et sert au contraire à la renforcer !

Nous demandons toujours l’entière réhabilitation de Sophie Perrin, dans l’université et en-dehors.

Nous demandons également sa réintégration en doctorat immédiate au sein de Lyon 2, et des possibilités concrètes de postuler pour des allocations de thèse malgré son âge, qui la handicape bien plus qu’il y a 3 ans en arrière (où elle avait moins de 35 ans).

C’est pourquoi nous vous appelons, en solidarité, à participer à la collecte de soutien

Pour financer les frais d’avocat de Sophie (appel + Cassation), en envoyant vos chèques à l’ordre de la CGT éduc’action, Bourse du Travail, 69422 Cedex 03, mention : solidarité Sophie Perrin (ou virement sur le compte n°10278 07390 00019010840 74 avec men­tion en objet « soli­da­rité Sophie Perrin. »).

Premiers signataires : CGT éduc’action, OC-FR (Organisation Communiste Futur Rouge), CLAS (Collectif Libertaire Anti-Sexiste), LDH (Ligue des Droits de l’Homme), SUD Travail UT-69, CGT Vinatier

Rédigé par OC Futur Rouge

Publié dans #lyon, #Répression

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