Contre les faux amis de la Classe ouvrière, démasquons les vrais alliés de l'impérialisme

Publié le 30 Novembre 2015

 

La France a été frappée par un acte de guerre de Daech. Les tensions internationales s'expriment vivement autour de la question syrienne. Nous observons d'un oeil positif les initiatives prises actuellement par différentes organisations pour dénoncer l'impérialisme, contre l'intervention militaire française en Syrie et contre la guerre.

 

Aujourd'hui, nous devons lutter contre un certain nombre d'idées fausses qui pénètrent les mobilisations populaires. C'est sur des bases justes et claires que nous devons lutter ensemble.

Historiquement, il existe une quasi unanimité en France pour dénoncer le régime de Bachar Al Assad et soutenir la "révolution syrienne". Nombreuses sont les organisations à avoir déjà réclamé une intervention de la France, mot d'ordre porté par une minorité de la bourgeoisie syrienne cooptée par l'Etat français pour accéder au pouvoir une fois le but de la chute du régime atteint.

Il est urgent de mobiliser contre l'impérialisme français. Nous considérons cet impérialisme comme notre ennemi principal.

 

La guerre civile syrienne

 

Nous n'avons jamais parlé de révolution syrienne. Le faste de la bourgeoisie syrienne et les réformes libérales de Bachar Al Assad ont suscité un mouvement de protestation populaire en 2011. Très vite, les forces progressistes ont été écrasées par le gouvernement.

Le fragile équilibre inter-communautaire a volé en éclat après des mobilisations à base clanique. Divers groupes armés réactionnaires alimentés par les détenus libérés (!) par Bachar Al Assad, assassins de masse, ont mis le pays à feu et à sang. L'armée a répondu en bombardant des villes.

Ce qu'il se passait, c'était une guerre civile.

Au milieu de ce chaos, ll fallait de l'imagination pour voir une révolution. Seul-e-s les militant-e-s kurdes du Parti de la Vie Démocratique (PYD) profitaient de ce que les troupes du régime avaient déserté les trois cantons de Rojava pour y constituer des institutions autonomes regroupant les différentes communautés. Les Forces Démocratique de Syrie qui regroupent les kurdes et leurs alliés des différentes communautés sont confrontées à l'ensemble des milices réactionnaires, allant des débris de l'Armée Syrienne Libre pro-turque à Daesh, qui les haïssent au moins autant qu'elles ne haïssent le régime.

Aujourd'hui, divers groupes tels que Jahbat-al-Nosra, fidèle (ralliée) à Al-Qaida, soutenus par divers pays, s'opposent entre eux, à l'armée du régime (armée arabe syrienne), et à Daech.

 

Nous regardons avec effroi la situation d'aujourd'hui. Nous souffrons avec les civil-e-s syrien-ne-s. C'est près de la moitié de la population qui a dû fuir son pays pour se réfugier à l'étranger et a tout perdu. Avec celles et ceux qui vivent avec la peur des snipers sur place. Avec les minorités qui doivent faire face à des forces qui veulent les exterminer.

Pas de place pour la lutte des classes quand les clans prennent les armes. Pas de place pour la révolution quand l'ordre du jour est l'extermination de telle ou telle minorité religieuse.

 

 

Nous sommes solidaires des progressistes syrien-ne-s qui ont soutenu les réfugié-e-s et les combattant-e-s de Palestine (à qui le régime fait quelques très mauvais coups tordus). Depuis le milieu du vingtième siècle, d'importantes fractions des masses syriennes, issues de diverses classes sociales opprimées par l'impérialisme, se sont mobilisées pour l'unité arabe et ont cherché les voies politiques qui permettaient de résoudre les contradictions inter-communautaires et claniques dans leur société. Le parti Baath syrien, au pouvoir depuis 1968 et qui a pu dans un premier temps susciter des espoirs de transformations sociales, a échoué à apporter les solutions permettant de dépasser ces divisions féodales. Incapables de confiance dans les masses populaires, réprimant toutes les luttes qu'ils/elles ne contrôlaient pas, les dirigeant-e-s baathistes en sont venu-e-s à s'appuyer sur un clanisme et un clientèlisme qu'ils/elles prétendaient combattre, pour se maintenir au pouvoir. Ce sont les limites historiques de la bourgeoisie nationale syrienne.

 

Les kurdes et tous les autres peuples du Rojava ont rejeté son autorité avec raison pour construire un embryon d'Etat plus démocratique, plus proche des droits des femmes et des intérêts des travailleurs/euses.

La question n'est pas de savoir si Bachar Al Assad est un dictateur à l'heure actuelle. Malgré les horreurs qu’ils ont commises et leurs méthodes criminelles, le président Haïtien Martelly, le Turc Erdogan, le président Ivoirien Ouattara ou Sassou-Nguesso au Congo-Brazzaville n’ont jamais été qualifiés de dictateurs par la France.

 

Nous ne prétendons pas décider à la place des peuples de Syrie de ce que doit être le sort de Bachar Al Assad. Ce que nous ne voulons pas, et ce que nous cherchons absolument à éviter est l'internationalisation de la guerre. Nous considérons que c'est aux forces progressistes et révolutionnaires sur place de choisir ce qu'il doit advenir du régime syrien actuel. Notre rôle est de les soutenir dans leurs choix.

En attendant, il y a une résistance progressiste et démocratique visible et active aujourd'hui en Syrie. Nos espoirs se placent vers le peuple Kurde et ses allié-e-s des différentes communautés qui se battent contre Daech et qui rendent coup pour coup. Notre priorité en Syrie doit être de les soutenir. C'est ce que nos militant-e-s tentent de faire dans la mesure de nos maigres moyens. De même, nous essayons de soutenir les réfugié-e-s syrien-ne-s.

 

Ce que nous souhaitons, aux syrien-ne-s, plus que tout, c'est la paix.

Malheureusement cette question n'est plus entre les mains seules du peuple syrien depuis longtemps.

 

La paix en Syrie, en Irak, c'est le retrait total de l'armée française et l'arrêt de toutes agressions à l'encontre de la Syrie par la France

 

La France a des intérêts de longues date en Syrie et au Liban. Si le régime est devenu un ennemi, c'est que la France essayait d'étendre son influence dans la région au delà du Liban et de son alliance stratégique avec Israël. Pour cela, elle a mis la question syrienne à l'ordre du jour dès la reprise de ses discussions stratégiques avec les USA, en 2004, à l'occasion du 60ème anniversaire du débarquement.

Elle s'est préparée pas à pas à mettre le pied en Syrie avec l'accord de ses alliés. Elle a coopté une opposition syrienne, puis armé divers groupes armés réactionnaires qu'elle soutient encore aujourd'hui. Elle a demandé de façon insistante une intervention en 2013.

Elle a l'habitude de semer le chaos et de faire éclater les tensions inter-communautaires au Moyen Orient. C'est la France qui est à l'origine de la séparation du Liban sur une base confessionnelle instable qui a mené aux guerres civiles et parfois génocidaires dans ce pays.

C'est notamment la France qui a appuyé l'annulation au début des années 1920 du traîté de Sèvres qui prévoyait la création d'un état Kurde, dont le territoire a été partagé en quatre entre la Turquie kémaliste et les puissances colonialistes occidentales, rendant les kurdes minoritaires partout sur leur propre terre.

La France a soutenu la création d'Israël, partageant le territoire palestinien. Elle a toujours soutenu les pétro-monarchies, les Etats de la "réaction arabe" (Jordanie, Arabie Saoudite, Emirats arabes unis, Bahreïn), alignés sur l'impérialisme. La France de François Hollande arme l'Arabie Saoudite et l'Egypte qui mènent la guerre et le chaos au Yemen contre la communauté chiite (Houthis). La France avec d'autres impérialistes a tracé des frontières à sa guise dans la région. Ce sont ces mêmes frontières que les peuples arabes et kurdes veulent désormais abolir.

 

Nous regardons avec effroi ce à quoi notre état a largement contribué.

 

La France n’a pas intérêt à résoudre quoi que ce soit en Syrie. Si elle pensait à l’intérêt de ces peuples, elle exigerait un corridor humanitaire pour que les révolutionnaires du Rojava puissent circuler librement en Turquie (pour que les militant-e-s présent-e-s en Turquie puissent rejoindre les cantons de Rojava), pour que des aides (médicaments, matériel de reconstruction) puissent arriver sur ce territoire qui résiste à Daech. Au lieu de ça, la France déroule le tapis rouge à Erdogan qui fait tout en Turquie pour faciliter les trajets meurtriers de Daech et établir un blocus autour du Rojava. Exigeons de la Turquie qu'elle arrête toute agression contre la Syrie et contre le Rojava et les kurdes.

 

Soyons vigilant-e-s face à la montée des tensions inter-impérialistes

 

Ce qui arrive aujourd'hui, c'est le bout de la stratégie de déstabilisation de la Syrie par la France dans une période où la crise du capitalisme exacerbe les tensions internationales. De l'Ukraine à la Syrie en passant par le Yémen, nombreux sont les lieux où les tensions entre états impérialistes risquent de se transformer en guerres ouvertes.

 

La crise nous mène à des heures de plus en plus sombres. L'économie étouffe, la production ne trouve pas de débouchés, la spéculation qui permet de faire circuler les capitaux (sur le bâtiment puis sur le pétrole puis sur le solaire) ne suffit plus à maintenir l'illusion, la crédibilité des banques est ruinée et celle des états au bord de la banqueroute.

 

Pour remédier à la crise, les USA se sont lancés à la conquête des puits de pétrole irakiens et se sont embourbés jusqu'à abandonner les fantoches corrompus et féodaux qu'ils avaient mis en place pour les laisser se faire balayer par une organisation réactionnaire et génocidaire qui a conquis du terrain et pris toutes les prérogatives d'un Etat : Daech.

L'Etat Islamique expansionniste dispute la Syrie à la France, met en danger l'Iran et les chiites. Il contrôle désormais une large part du marché pétrolier en Syrie, qui constituerait un quart de ses revenus. La Turquie veut se tailler une part du gâteau et est à l'offensive contre les kurdes et Bachar Al Assad. Elle profite de cette manne financière en laissant Daech écouler ses stocks en Turquie. Elle soutient l'Armée Syrienne Libre (ASL) contre la Russie. L'ASL aussi se bat pour le contrôle des puits pétroliers et surtout le contrôle de l'acheminement des productions irakienne et iranienne. Elle aussi veut sa part du gâteau pour elle même, et pour l'Etat turc qui la finance, l'arme et ouvre même des bureaux de recrutement pour renforcer ses troupes. Ce n'est pas la démocratie qui la motive, mais l'appât du gain.

La crise n'a jamais été aussi forte mais ce qui marche bien en ce moment, ce sont les industries de l'armement, l'aéronautique.

Il y a des années que les tensions n'ont pas été aussi vives entre pays impérialistes. Les aviations, les groupes armés locaux et parfois les troupes au sol des divers états impérialistes sont sur place et ne sont pas dans le même camp. Peut-être les tensions internationales vont-elles se résorber. Ou peut-être vont elle dégénérer en conflit mondial. Ce monde est une poudrière, il y a plusieurs zones de friction entre impérialismes (Syrie, Ukraine).

Ne restons pas muet-te-s face à cette situation ! Si nous voulons la paix, nous devons nous battre contre notre propre impérialisme et sa politique guerrière !

 

Et la Russie, la Chine et l'Iran ?

 

Il est de bon ton aujourd'hui d'attaquer politiquement les concurrents de la France et de ses alliés en Syrie. De nombreuses organisations dénoncent en coeur avec l'état français l'ingérence de ces pays. Mais pour nous cette ingérence n'est pas pire que celle de la France.

Pour nous, la  politique de la Russie, de la Chine et de l'Iran n'est que la démonstration des conflits inter-impérialistes. La Russie, la Chine et l'Iran soutiennent Bachar Al Assad, et n'ont pas intérêt à voir sa chute. Ils ont encore moins intérêt à voir les positions françaises ou américaines se renforcer dans la région. Leurs intérêts sont donc contraires avec ceux de la France. Ces contradictions, une fois aiguisées à l'extrême peuvent mener à la guerre, or c'est la guerre que nous voulons éviter! Nous n'avons rien à gagner en tant que peuple dans la guerre entre impérialistes. C'est leur guerre, mais ce sera nos morts !

Alimenter les velléités guerrières de la France contre les autres pays, c'est pousser la France à la guerre, c'est encourager notre bourgeoisie à marcher sur les peuples.

Dans cette configuration, le chaos pourrait mener à de nouveaux génocides, comme ceux dont l'impérialisme français est déjà été complice partout où ça favorisait son business, même au profit de centaines de milliers de morts, hommes, femmes et enfants.

Dans cette configuration de guerre, la France mène une politique de plus en plus antagonique à celle de la Russie et de l'Iran. La France était avec Israël la puissance la plus réticente à un accord avec l'Iran. Les médias français présentent les Russes et les chiites comme les seuls expansionnistes. Ils présentent le Hezbollah chiite libanais comme une force étrangère au conflit syrien, téléguidée depuis l'Iran.  C'est pourtant sur les chiites irakiens que les impérialistes US se sont appuyés pour constituer leurs autorités d'occupation.

 

Avant de nous préoccuper des politiques russes et iraniennes, occupons nous de l'ennemi sur lequel nous avons le plus de prise : notre propre impérialisme.

 

A bas l’impérialisme Français !

 

Nous devons nous rendre compte du rôle joué par notre pays dans l’échiquier politique mondial et combien il concourt depuis des années à l'aggravation des tensions dans la région de façon volontaire.

 

Le gouvernement nous promet que l'armée et ses opérations militaires nous apporteront la sécurité face au risque d'attentats. Nos vies ne valent pas plus que celles des autres prolétaires et des autres peuples du monde. Notre sécurité n'a pas à être une priorité par rapport à celle des civils syrien-ne-s, irakien-ne-s et nos bombes ne leur apportent aucune perspective à part la fuite ou la mort.

 

Notre sécurité n'est d'ailleurs même pas la priorité pour notre gouvernement. Sa priorité est dans les enjeux stratégiques du conflit syrien et les parts du marché du pétrole irakien et iranien que les capitalistes français veulent. Ce n'est pas pour nous défendre que notre pays bombarde la Syrie et l'Irak, mais pour défendre les capitalistes français et leurs intérêts. Nous n'avons aucun intérêt là dedans.

 

Les attentats de Paris ont été commis par un Etat avec lequel notre pays est en conflit. Nos bombes ne sont pas moins condamnables, meurtrières, barbares que les attentats.

 

La différence, c'est que ce sont nos bombes que nous pouvons arrêter par notre mobilisation contre l'impérialisme français.

 

Ne pas nous laisser museler par l'état d'urgence, persister à lutter au travail, contre les expulsions, contre les violences faites aux femmes est nécessaire. Nous n'avons pas à accepter l'unité nationale au nom de laquelle nous serions tenu-e-s d'arrêter nos grèves et nos manifestations. Celles et ceux qui nous exploitent, celles et ceux qui nous licencient, nous expulsent de nos logements, dans lesquels ils et elles nous entassent, deviendraient-ils soudain nos alliés ? Pouvons nous compter sur eux pour nous protéger ? De quoi ?

 

Nous ne pouvons pas ignorer la situation internationale et que des bombes tombent en notre nom sur la Syrie et l'Irak. Nous ne pouvons pas ne pas porter la revendication de l'arrêt des bombardements et de la politique agressive à l'encontre de la Syrie de l'Etat français. Ignorer la question anti-impérialiste à l'heure actuelle, c'est cautionner l'agression militaire de la France.

Notre pays joue les va-t-en guerre depuis des années, multiplie les interventions militaires. Il n'apporte que le chaos et la barbarie autour du monde. Les intérêts de l’Impérialisme Français et de ses grands groupes ne sont pas ceux des travailleuses et travailleuses de France, encore moins ceux de la classe ouvrière mondiale.

 

Sommes nous de son côté, ou du côté des peuples du monde qui souffrent par sa faute ?

Nous avons la responsabilité devant tou-te-s celles et ceux qui risquent d'en mourir, de tout perdre, par la faute de la politique étrangère de la France. Refusons qu'elle continue à agir de la sorte. Refusons les frappes aériennes. Exigeons l'arrêt du financement de groupes armés réactionnaires. Protestons lorsqu'on nous annonce l'envoi d'un porte avion, dans une toute petite mer Méditerranée.

 

De Madagascar à Paris, de Haïti à la Syrie, dans toute l’Afrique, nous soutiendrons toutes les initiatives progressistes qui affrontent l’Impérialisme Français, parce qu’il faudra beaucoup de luttes pour faire tomber l'une des plus agressives des puissances mondiales. Mais c'est une puissance en déclin, et coup après coup, nous participons à l'affaiblir.

 

Notre premier ennemi, cest notre impérialisme !

Non à l'intervention en Syrie !

Arrêt des bombardements, retrait des armées impérialistes !

Soutien à la résistance kurde et ses allié-e-s !

 

 Contre les faux amis de la Classe ouvrière, démasquons les vrais alliés de l'impérialisme

Rédigé par OC Futur Rouge

Publié dans #Anti-impérialisme, #Syrie, #irak, #kurdistan, #Turquie, #Répression, #Paris

Repost 0
Commenter cet article