Non à la guerre en Ukraine

Publié le 4 Septembre 2014

Le conflit ukrainien est en train de gagner en ampleur et en intensité. La partition du pays s’approfondit, tandis que chaque camp mobilise ses réserves et celles de ses alliés.

L'intérêt en jeu, c’est celui de pays impérialistes prêts à tout pour défendre leurs intérêts. Y compris à ravager des pays entiers et leur population avec. Dans ce conflit, c'est non seulement le sort de l'Ukraine, mais la balance des forces à l'échelle mondiale qui est en jeu.

Une extension du conflit aux pays alentours représente un extrême danger. La pression sur la Russie, en position défensive, est maximale. L’explosion est une possibilité.

Nous condamnons le démantèlement de l'Ukraine sur des bases communautaires. Ce sont les impérialistes qui déchirent l’Ukraine.

Des fascistes, il y en a de tous les côtés. L’Ukraine est un terrain de jeu pour mercenaires. Les néonazis de Svoboda, et Pravy Sektor se renforcent encore à l’Ouest. A l’Est, des nationalistes russes expansionnistes et des fascistes. Nous espérons ne plus jamais revoir les fascistes français qui se sont rendus là bas d’un côté ou de l’autre. Ce n’est ni du côté de la Russie, ni du côté de l’Allemagne, de la France, de l’Angleterre, des USA, du Canada, qu’il faut compter pour une Ukraine anti-fasciste.

Dans ce climat nauséabond, il faut nous montrer particulièrement vigilant-e-s. Aveuglées par les manifestations au départ spontanées de la place Maïdan, certaines organisations ont appelé à soutenir le mouvement alors même - on le savait pertinemment à l'époque - que celui-ci était déjà entièrement encadré et organisé par les fascistes locaux. Quand un mouvement est organisé par des fascistes, nous n’y avons pas notre place.

D’autres, comme Mélanchon, le FN, Soral, IIIème Voie, une partie du PCF soutiennent le camp russe. Ce n’est pas parce que Poutine s’oppose aux impérialistes nord-américains et aux pays impérialistes de l’UE qu’il est anti-impérialiste. Cela fait des décennies et des décennies que la Russie est un pays impérialiste. Défendre la partition de l’Ukraine, c’est défendre les intérêts de la Russie, c’est défendre l’impérialisme.

Il n’existe pas une superpuissance américaine contre laquelle il faudrait tourner nos forces en priorité, car les superpuissances, ça n’existe pas. Le système capitaliste est par nature instable. Les puissances d’aujourd’hui sont les perdantes de demain, toujours menacées. Conquérir de nouveaux marchés est une nécessité vitale pour les capitalistes. Cela passe forcément par la guerre. C’est vers la guerre qu’ils nous entraînent, les français les premiers. La question, ce n’est pas qui soutenir, c’est de lutter contre la boucherie qui pourrait éclater.

Ces guerres ne sont pas notre intérêt. Notre intérêt, c’est le même que celui de celles et ceux qui aspirent de par le monde à ne plus vivre sous les bottes des militaires et des monopoles français. Notre intérêt, c’est que les capitalistes français perdent, qu’ils soient de plus en plus faibles, pour que nous puissions plus facilement nous en débarrasser.

 

LES PERILS DU CONFLIT UKRAINIEN

La situation de l'Ukraine

L'ancien président, Ianoukovitch maintenant l'Ukraine dans la zone stratégique russe. Son régime était soutenu par une poignée "d'oligarques" corrompu-e-s. Toutefois Ianoukovitch n'était pas un dictateur fasciste. Aussi injuste et exploiteur qu'il ait pu être, son régime n'était pas un régime fasciste.

Par le passé, les puissances impérialistes française, britannique, états-uniennes et allemande ont agi à de nombreuses reprises pour déstabiliser ce régime pour atteindre leur concurrent russe, par exemple en déclenchant la révolution orange. Si aujourd'hui, le conflit est plus violent, c'est que les contradictions entre la Russie et ses concurrrents sont plus graves.

Ianoukovitch s'était jusqu'à l'année dernière montré indéboulonnable. Pour rassurer les puissances occidentales, il maintenait des "négociations" avec l'Union européenne, bien que sa fidélité première soit envers la Russie.

L'année dernière, des mobilisations populaires se sont déclenchées contre lui, notamment autour de la place Maïdan. Elles exprimaient le ras le bol des classes populaires urbaines quant à leurs droits sociaux, des ruraux contre la misère, contre la corruption. Le mouvement a été fort en Ukraine occidentale, traditionnellement pro-européenne. Il a également eu lieu en Ukraine orientale, traditionnellement pro-russe fatiguée elle aussi par la politique de Ianoukovitch.

Ce mouvement pouvait il apporter quelque chose aux prolétaires d'Ukraine ? Aurait-il pu les mettre à l'abri du joug des impérialistes ? Aurait-il pu venir à bout de la corruption endémique, et surtout de la misère épouvantable qui règne en Ukraine depuis la chute de l'Union soviétique ?

Malheureusement, les conditions n'étaient pas réunies pour cela. Pour cela, il aurait fallu constituer un front véritablement autonome face à toutes les forces réactionnaires et autres pions de l'impérialisme. Ce front uni aurait pu être dirigé vers la classe ouvrière, ou à une part de la bourgeosie véritablement attachée à l'indépendance nationale. Une révolution n'est pas un processus spontané. Il ne suffit pas d'un ras-le-bol diffus ou d'une explosion de colère pour la mener à bien. Pour rendre cela possible, il aurait fallu une force structurée en amont du mouvement, implantée dans les masses populaires, qui aurait pu diriger, organiser, orienter et guider le mouvement vers la victoire. Malheureusement, cette force n'existait pas en Ukraine et reste encore à construire aujourd'hui.

Par défaut, le mouvement a été très rapidement pris en main par une vulgaire bourgeoisie libérale et droit-de-l'hommiste (enfin, uniquement dans le discours), pro-européenne. Cette vermine n'a pas hésité à sous traiter l'encadrement du mouvement à l'organisation néo-nazie "Svoboda". Svoboda a été d'ailleurs bientôt elle-même dépassée sur sa droite par les ultras de "Pravy Sektor". Ces deux organisations se revendiquent ouvertement des divisions SS ukrainiennes de Bandera et Stetsko, qui s'étaient distinguées par leur extrême brutalité dans les massacres de la Seconde Guerre Mondiale. Pravy Sektor comme Svoboda, n'ont pas hésité à continuer aujourd'hui encore d'appeler à massacrer "les juifs, les communistes et les russes".  Parti d'un mouvement populaire, le mouvement de la place Maïdan s’est bientôt résumé à :

- des bourgeois-es européistes

- des fascistes

- quelques idiot-e-s utiles prétendu-e-s "anarchistes" ou trotskystes qui sûrement avaient cru, en combattant la Russie, continuer de combattre l'Union soviétique.

C'est ainsi que le mouvement a perdu le soutien des ouvrier-e-s, et de l'ensemble de l'Ukraine orientale.

Le nouveau gouvernement est à l'image du mouvement maïdan. Le nouveau président ukrainien Petro Porotchenko joue la carte de la répression, de la réaction. La révolte de la population de l’Ukraine orientale est compréhensible. Nul doute que le sentiment antifasciste est une réalité. La population a parfois organisé des milices, préparant une guerre civile où elle n’est pas l’agresseur.

Non content de demander son adhésion à l'OTAN, provocation anti- russe, le nouveau président a récemment dissout le parlement, soit disant pour en créer un nouveau, "plus légitime", c'est à dire débarrassé des "résidus de l'ancien régime".

Toutefois, Porotchenko a besoin de trouver des allié-e-s dans la bourgeoisie. La répression qu'il met en oeuvre est bien moins dirigée contre l'ancien parti des régions de Ianoukovitch que contre le "parti communiste d'Ukraine", ciblé comme "ennemi intérieur". Le "parti communiste" (KPU) a une capacité de mobilisation dans la classe ouvrière. Il s'oppose au démantèlement de l'Ukraine en cours. Le KPU représente une fraction des intérêts de la bourgeoisie qui n’y a pas intérêt. Ce n’est pas une force révolutionnaire. Néanmoins, le groupe "communiste" a été exclu du parlement et le parti interdit et ses cadres pourchassé-e-s.

Libres, les élections ? Le parti communiste est interdit. La politique discriminatoire à l'égard des populations russophone, polonophone, roumanophone, tatare, ainsi que contre les juif/ve-s et les ukrainien-ne-s de confession orthodoxe les prive de leurs droits. Les seul-e-s représenté-e-s sont les ukrainien-ne-s de l’Ukraine occidentale. Et encore, à condition qu'elle soit ukrainophone, catholique ou uniate, et naturellement anticommuniste, pro-occidentale et anti-russe. Les organisations néonazies occupent désormais l'essentiel des postes clés au ministère de l’intérieur.

Un conflit inter-impérialiste

Dans ces conditions, le conflit ukrainien a évolué en conflit violent pour le contrôle du pays entre deux blocs impérialistes aux intérêts irréconciliables.

Les impérialistes des pays ouest-européens et nord-américains dont la France  soutiennent le gouvernement de Kiev. Les impérialistes savent très bien déstabiliser, organiser des guerres civiles, voire des génocides, installer des régimes fantoches, et éventuellement intervenir directement lorsque ces moyens se révèlent insuffisants. De la Libye à la Côte d'Ivoire, de la Syrie au Mali, de la Centrafrique à l'Irak, et ainsi de suite. Les Etats-Unis, la France, l'Angleterre et les autres sont menacés par la crise, et pour cette raison se montrent de plus en plus agressifs. C'est pourquoi ils ont immédiatement saisi l'occasion du mouvement de la place Maïdan pour avancer leurs pions et entamer l'influence russe. En fixant l'attention du Kremlin en Ukraine s'assurent de garder l'initiative. Elles semblent envisager, bien qu'étant encore divisées à ce sujet, de prendre le chemin d'une escalade militaire sans précédent à notre époque.

Les pays de l'OTAN comme la France et l’Allemagne, ont renforcé leur présence (aviation en particulier, mais aussi infanterie), dans les pays alentours (Pologne et Hongrie). Le sommet de l'OTAN, qui commence le 4 septembre, a précisément mis la guerre à l'ordre du jour.

Une force de 10 000 soldat-e-s sous la direction de l'Angleterre (incluant les Pays-Bas, le Canada, et quelques Etats voisins de la Russie, mais pour l'instant pas la France ni les Etats-Unis) a été constituée en vue d'intervenir directement sur le front ukrainien, en face des troupes russes. Cette force serait composée essentiellement d'infanterie, mais pourrait bientôt être renforcée d'une présence navale et aérienne.

De son côté, l'impérialisme russe voit dans l'Ukraine une arrière cour, riche en intérêts économiques. L’Ukraine est surtout une zone stratégique essentielle à la défense de ses frontières. C’est une porte d'accès à une éventuelle invasion de la Russie. Pour des raisons tant économiques que géostratégiques, la Russie, si elle veut rester une puissance dominante dans la région, ne peut en aucun cas renoncer à ce pays, et, en toute logique, devrait être prête à tout pour le garder sous son emprise.

C'est ainsi que la guerre s'est intensifiée, malgré quelques accalmies. La présence de troupes russes en Ukraine orientale n'est plus un secret pour personne. Après avoir, il y a six mois, annexé la Crimée, la Russie encourage le séparatisme des populations russophones, éventuellement dans le but de les rattacher ensuite à la Russie. Poutine rejoue la carte du « chauvinisme grand russe », un expansionnisme prenant pour prétexte la proximité ethnique des populations rattachées.  Cette politique ne peut conduire qu'au démantèlement pur et simple de l'Ukraine, et, malheureusement, ce processus semble est bien entamé.

La clique de Poutine est par ailleurs extrêmement faible à l'intérieur. L'espérance de vie y reste inférieure de 7 ans à ce qu'elle était avant l'effondrement de l'Union soviétique. Les mesures antisociales, antipopulaires au service des grands capitalistes russes ont fragilisé l'assise de son pouvoir. Enfin, la Russie subit elle aussi les effets de la crise mondiale du système capitaliste, et voit depuis quelques temps son redressement économique enrayé. Le système Poutine ne tient plus qu'à une chose : la réactivation du projet impérial russe, jouant sur le nationalisme à outrance, qui permet de faire miroiter à sa population la fausse promesse d'une redistribution éventuelle du butin ainsi gagné. Pour rester au pouvoir, Poutine n'a pas le choix. Il doit se montrer, lui aussi, de plus en plus agressif.

L'impérialisme français

L'impérialisme français, très impliqué dans cette crise n’est pas partisan, comme les britanniques, d'une intervention directe. Pour autant, sa présence militaire dans la région est importante et il a soutenu jusqu'ici sans faille le gouvernement de Kiev et ses nervis fascistes. Malgré toutes les tensions entre la Russie et la France, ces années passées, comme par exemple autour de la question de la Syrie, la France a continué à vendre du matériel militaire à la Russie. La décision de ne pas honorer la livraison des navires de guerre Mistral, est révélatrice de la dégradation des rapports franco-russes.

Nous devons dénoncer la présence agressive de l'impérialisme français dans les pays limitrophes, et dénoncer avec autant de vigueur le soutien de Paris au pion réactionnaire Porotchenko. Nous devons dénoncer les projets de prédation économique et politique de notre propre impérialisme, l'un des plus néfastes et les plus violents de la planète.

Nous savons que la position du gouvernement Hollande-Valls ne fait pas l'unanimité au sein de la bourgeoisie française. Parmi les agents de la bourgeoisie certains proposent une stratégie alternative consistant à s'allier avec la Russie contre les Etats-Unis. Les fascistes par exemple mènent une campagne active dans l'opinion pour défendre cette idée. L'on voit clairement des signes annonçant l'émergence, dans l'Etat français, d'une cinquième colonne, qui organise même le départ de volontaires au service de Poutine, allant même jusqu'à parler de prétendues "brigades internationales" qui défendraient, soit-disant "le peuple russe", "contre la finance" ! Que ne faut-il pas entendre !

 

A bas l’impérialisme français, à bas l’impérialisme russe ! Solidarité avec les peuples victimes de leurs guerres !

Rédigé par OC Futur Rouge

Publié dans #International, #Anti-impérialisme

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Xuan 05/09/2014 14:45

Ce sont les USA et l'Europe, notamment la Pologne, qui sont à l'origine de la subversion, du coup d'Etat fasciste, de la chasse aux sorcières, et du bombardement des civils en Ukraine, par l'intermédiaire de leur marionnette Porochenko.
Il est surprenant que ce soit la Russie qui figure à leur place dans le slogan final.

Burugoŕi 05/09/2014 04:40

Me voilà soulagé : "La révolte de la population de l’Ukraine orientale est compréhensible. Nul doute que le sentiment antifasciste est une réalité. La population a parfois organisé des milices, préparant une guerre civile où elle n’est pas l’agresseur." Nous sommes donc d'accord là-dessus ! Je me permets d'ailleurs de glisser un lien fort intéressant (en castillan et en euskera) : http://ukraniakoantifaxistak.blogspot.com.es/

Par contre, vous avez un peu craqué sur la fin, non ? (Hâte de finir ?) Il ne faut pas oublier qu'il existe aussi une partie (plutôt minoritaire, certes) des fascistes français/BBR qui soutient activement et physiquement la junte fasciste de Kiev. Dire cela rappelle qu'il existe aussi des contradictions entre les différents types de fascistes (comme en 40, quand certains accueillaient les troupes du Reich pendant que d'autres fuyaient à Londres).