Journée de soutien à ZEP à Lyon
Publié le 9 Avril 2013
Communiqué de Soutien aux deux Saïd
Deux militants roubaisiens ont ete mis en cause par le Tribunal de Paris pour le chef d'inculpation de "racisme anti-blanc". C'est leur livre « Devoir d'Insolence : Nique la France » qui est attaqué.
Parler de racisme anti-blanc sert une vision simplificatrice et réactionnaire. Elle sert à créer une unité entre blanc-he-s contre les noir-e-s, les arabes. Ce concept est issu de l'extrême droite (il a été créé dans les années 70 par le Front National). Il est juridiquement porté par l'AGRIF, association proche du FN qui s'attaque à des œuvres cinématographiques « blasphématoires », à des rappeurs et militants et militantes. Par exemple, l'AGRIF a porte plainte pour "christianophobie" contre les militant-e-s antifascistes du Pays Basque nord qui denoncent l'homophobie de l'évêque de Bayonne. L'AGRIF est bien la chienne de garde de toutes les idées réactionnaires et nauséabondes.
Des organisations racistes qui attaquent le supposé racisme de militant-e-s anti-racistes, quelle ironie !
Quelle validité a ce concept de racisme anti-blanc, alors que des français-e-s peuvent faire preuve de racisme à l'encontre d'autres peuples pourtant blancs ? Ainsi en est il des lois discriminatoires contre les personnes originaires des pays de l'Est ?
Surtout, avoir la même couleur de peau ne suffit pas à avoir des intérêts communs. En effet, certainEs blancs et blanches sont des bourgeoisEs, d'autres sont des prolétaires. Tous les prolétaires, quelque soit la couleur de peau ont un ennemi commun : la bourgeoisie, qui exploite notre travail et nous réprime.
La France a été dans son Histoire un pays colonisateur, qui a asservi des centaine de millions de personnes. Elle continue aujourd'hui à exploiter les ressources et les travailleurs de ces pays. La France en a importé et continue d'importer une main d’œuvre qui est devenue une part importante de la classe ouvrière en France.
Cette population, en plus d'être exploitée par les patrons en France, sert de bouc émissaire lorsque la situation sociale et économique devient plus mauvaise. Elle est toujours vue par la bourgeoisie française ou comme de grands enfants ou comme une population barbare à civiliser. Le moindre fait divers est monté en épingle, stigmatise une population de façon générale. Ce discours est destiné à empêcher l'unité entre tous les prolétaires quelque soit leur origine et leur couleur. Alors que la barbarie, elle est du côté des impérialistes français qui ont détruit les économies et la culture, surexploité, violé, bombardé, massacré et qui continuent à le faire. Histoire qui est niée par les impérialistes français qui préfèrent parler de « rôle positif de la colonisation ».
Comment, face à la négation de son Histoire, face au racisme quotidien de la part des patrons, des politiques, des journalistes, continuer à se taire ? Les prolétaires et les militants et militantes d'origine immigrée ont raison d'être en colère contre la France.
Les procès à l'encontre de Saïd Bouamama, de Saïd de ZEP sont déterminants pour nos droits démocratiques. Que l'expression de militantEs d'origine algérienne, en plus des agressions et des menaces fascistes, déclenche une réponse juridique est grave.
A chaque fois qu'une loi semble pouvoir être dans l'intérêt des prolétaires (harcèlement moral, injure raciale), la Justice arrive à les utiliser contre nous. Les Zemmour, les Copé, les Valls peuvent tenir les propos les plus racistes, leur parole est légitime car ils appartiennent à la bourgeoisie. Mais quand des militants et militantes d'origine immigrée prennent la parole, elle est disqualifiée et jugée devant des tribunaux.
C'est ensuite tout discours anti-impérialiste, toute expression de la part de militants et militantes d'origine immigré qui risque d'être taxée de racisme anti-blanc. C'est tout une part du prolétariat de France qui risque de se retrouver muselé. Défendons le droit à l'expression de ces militants progressistes ! Les défendre, c'est lutter contre les divisions en fonction de nos origines que veut nous imposer la bourgeoisie, c'est renforcer notre unité, et donc renforcer notre capacité de lutte.
Qu'il existe un sentiment de rejet à l'encontre de « l'identité française » est normal. Cette identité est aujourd'hui portée par la bourgeoisie qui lui donne un contenu discriminatoire à l'encontre du prolétariat. Certain-e-s peuvent être né-e-s en France, leur parents aussi, ils et elles ne sont pas considéré-e-s comme des français ou des françaises aux yeux de la bourgeoisie. A moins de passer résolument de son côté, bref, de « s'intégrer » à la bourgeoisie. Le discours autour de l'identité française est aujourd'hui construit autour de la réaction catholique, des agressions impérialistes, des valeurs et des intérêts, pourrissants, moisis de la bourgeoisie. La bourgeoisie est culturellement hégémonique. Il est sain que le rejet de cette identité est bien plus large que parmi les couches du prolétariat issues de l'immigration. Ce n'est pas pour rien que le nombre de locuteurs bretons augmente.
Reconstruire le camp du prolétariat passera également par une réflexion autour du sentiment d'appartenance national français, sans imposer à quel peuple que ce soit cette identité. En effet, se ressaisir de son histoire collective pourra amener certaines nations sur l'écrasement desquellles l'Etat français s'est constitué à exiger leur droit a l'independance.
Toutefois, briser l'hegemonie culturelle de la bourgeoisie exige que nous rejetions le nihilisme national aussi bien pour ces peuples que pour la France. Au fur et à mesure que la classe ouvrière prendra conscience d'elle-même, s'organisera, se renforcera, elle sera en mesure de construire une nouvelle identité collective, à l'image de la gueule du patrimoine, à la fois synthèse de toutes les cultures du prolétariat en France et foisonnement de celles-ci.
« Nous sommes tout pénétrés d'un sentiment de fierté nationale, et c'est pourquoi nous haïssons tant notre passé d'esclaves... et notre présent d'esclaves. »
Lénine
Le rappeur Saïdou du groupe Z.E.P (Zone d’Expression Populaire) et le sociologue et militant Saïd Bouamama ont été mis en examen pour « injure publique » et « provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence » sur une plainte de l’AGRIF, un groupe d’extrême droite nostalgique de l’Algérie française.
En cause, un ouvrage et une chanson du même nom, « Nique la France », qui assène en refrain : « Nique la France et son passé colonialiste, ses odeurs, ses relents et ses réflexes paternalistes / Nique la France et son histoire impérialiste, ses murs, ses remparts et ses délires capitalistes ». Comme des millions de gens à travers le globe ces dernières années, les deux auteurs ont attaqué le colonialisme et le système capitaliste et impérialiste. Comme beaucoup d’entre nous ils dénoncent une idéologie toujours très en vogue : le racisme, sous ses formes les plus courantes mais aussi les plus décomplexées. Comme de nombreux habitants des quartiers populaires, ils ont criés leur colère contre les inégalités, les discriminations et la justice à double vitesse.
S’inscrivant dans une longue tradition pamphlétaire des artistes engagés en France contre l’État français, du « nation de porcs et de chiens » d’André Breton à « le temps que j’baise ma marseillaise » de Léo Ferré en passant par le « je conchie l’armée française » d’Aragon, Saïdou et Saïd Bouamama ont choisi d’assumer leur « devoir d’insolence » afin d’interpeller et de faire entendre des opinions qui ont peu droit de cité au sein des grands canaux de diffusion médiatique.
Mais voilà, cela dépasse, choque et insupporte qu’une telle parole puisse être portée, d’autant plus quand elle l’est par ceux qui subissent en premier lieu les politiques racistes et antisociales. Lorsque des Noirs ou des arabes font le choix de sortir de l’invisibilité et du mutisme afin de décrire la réalité telle qu’elle est – violente, inégale et destructrice – la droite extrême, l’extrême droite ou encore l’État s’emploient à tenter de convaincre l’opinion publique de l’illégitimité de ces discours. NTM, Sniper, Ministère Amër, Mr R, La Rumeur, Youssoupha ou Houria Bouteldja sont autant de rappeurs et militants attaqués ces dernières années pour des paroles jugées trop irrévérencieuses.
Pourtant tous n’ont fait que porter publiquement l’expression populaire du rejet des discriminations et de la stigmatisation des quartiers populaires, des Noirs, arabes et musulmans.
Nous exigeons que les poursuites contre Saïdou et Saïd Bouamama soient abandonnées. D’accord ou pas d’accord avec les propos et les formulations incriminés, nous défendons leur droit de les tenir. L’extrême droite veut interdire le droit de chanter la révolte, imposons le droit de l’exprimer sans entraves.
JEUDI 11 AVRIL de MIDI à 21 H 00 JOURNEE DE SOUTIEN A ZEP ET SAÏD BOUAMAMA
Débats, Conférences, Repas collectifs, Atelier musique, graph’ Concert gratuit de Hip-Hop alternatif à partir de 18h00
Sous le forum du Campus de Bron – Lyon 2
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