Le Brexit gagne, et alors ?

Publié le 25 Juin 2016

Le Brexit gagne, et alors?
Notre position :
 

Pour l’OC-FR, le Brexit ne changera radicalement pas grand chose pour les peuples britanniques, d’autant plus que le R-U n’est pas dans la zone euro, ni dans l’espace Schengen. 
Les migrant-e-s continueront à se faire réprimer sur les côtes de la Manche. L’accord du Touquet ne dépend pas de l’UE et ne sera pas remis en cause.
Des accords bilatéraux entre le R-U et les pays de l’UE remplaceront les traités de l’UE.

Dans ces conditions, la sortie de l’UE n’est qu’anecdotique. Les communistes n’avaient que peu d’intérêts dans cette campagne référendaire. Les partisan-ne-s du Brexit étaient surtout organisés autour de mouvement ultra-réactionnaire et fasciste. Le UKIP, qui a mené campagne sur des bases xénophobes, revendique comme une victoire personnelle ce résultat. Il est certain que les motivations à voter « Non » sont diverses, et parfois réactionnaires. Plutôt que de rejeter la bourgeoisie, de nombreuses-eux votant-e-s se sont exprimés sur une base raciste, ce qui rajoute de la confusion autour de cette campagne électorale.

Cependant, nous pensons qu’il y a de bonnes raisons à vouloir quitter cette Union Européenne. 
L’Union Européenne, c’est le rassemblement des impérialistes européens, qui se fera désormais sans l’Angleterre, avec la France et l’Allemagne en tête, pour la défense d’intérêts communs. Les bourgeoisies des deux pays y trouvent leur compte : l'espace économique européen permet de faciliter l'exportation de capitaux dans les pays dominés de l'union européenne et d'importer une main d'oeuvre dans les pays impérialistes. 

Les anglais-e-s ont de bonnes raisons de vouloir quitter l’UE 

Nous avons encore en mémoire les luttes étudiantes en Angleterre de 2010. L’augmentation massive des frais d’inscription outre-manche avait amené les étudiant-e-s à manifester massivement à de nombreuses reprises. Beaucoup y voyaient là l’oeuvre des directives européennes. Ils avaient alors envahi le QG du parti conservateur, favorable à l’UE.
Qu’il s’agisse des coupes drastiques ou des politiques de privatisation dans l’éducation, l’enseignement supérieur, la santé, le ferroviaire, les manoeuvres des gouvernements travaillistes ou conservateurs ont toujours été soutenues par l’UE. Cependant, ces gouvernements n’ont jamais eu réellement besoin de l’UE pour mener ces politiques anti-ouvrières, sur la Doxa de la libre concurrence et du libéralisme au profit des capitalistes. De Thatcher à Cameron, en passant par Tony Blair, tous défendaient d’abord les intérêts de la bourgeoisie anglaise.
De même, la loi travail contre laquelle nous sommes en lutte n'est pas imposée par l'UE, c'est l'intérêt des capitalistes français. 

Si une partie de la bourgeoisie anglaise a mis en place ce référendum et a entraîné une majorité de la population vers une sortie de l'UE, c'est que ses intérêts sont tournés ailleurs. Lorsque la bourgeoisie trouve son compte dans l'UE, elle n'hésite pas à passer outre la volonté populaire comme ça à été le cas avec le référendum de 2005 sur la constitution européenne dont les traités ont été adoptés malgré notre rejet.

L’impérialisme anglais a des intérêts souvent divergents avec les autres impérialistes européens. Ses intérêts sont parfois plus tournés outre-Atlantique, que du côté du vieux continent. Le Royaume Uni a sa propre structure d’influence, via le Commonwealth, bâti sur des siècles de colonisation sanglante. Il restera aussi un membre actif de l’OTAN, aux côtés des États Unis et de nombreux pays européens, dont la France.

Les Écossais-e-s, dominés par Londres, voient leurs intérêts et leur avenir ailleurs. Beaucoup ont voté pour le maintien dans l’UE, et voient ainsi un moyen de se démarquer des anglais-e-s, et de redonner du souffle aux volontés indépendantistes. L’OC-FR soutient les revendications nationales de l’Écosse. De même en Irlande du Nord, le Sinn Féin revendique la réunification de la colonie britannique au reste de l’Irlande indépendante. Nous nous inquietons des conséquences pour les irlandais-e-s du renforcement des frontières entre nord et sud du pays. La bourgeoisie anglaise ne saurait qu'en profiter pour asseoir sa main mise sur sa colonie. Nous espérons que les irlandais-e-s pourront trouver les moyens et les forces de redoubler d'efforts dans leur lutte.

Nous pensons cependant que l’Union Européenne n’apporte pas de perspectives aux peuples en lutte. C'est une Europe au service des imperialistes. Les seul-e-s écossais-e-s et irlandais-e-s qui y ont des intérêts sont leurs bourgeoisies nationales.

L’Union Européenne, cet espace de négociation et de décision entre impérialistes européens :

Nous aussi, nous avons de bonnes raisons de combattre l’UE

Alors que l'UE est mise à mal par ce vote, celle-ci négocie sans la moindre transparence avec les États-Unis, le Tafta. Ce traité de libre-échange transatlantique a pour objet l’accès aux marchés et investissements respectifs, US et UE, sans bénéficier aux travailleurs/euses américain-e-s ou européen-nes, mais aux capitalistes, sans que l’on sache réellement ce qu’il contient. 

Ce sont les lobbys et les organisations patronales qui dirigent les négociations. Pourtant cela aura un impact important sur nos législations, pas seulement économiques, mais aussi sanitaires, phytosanitaires, sociales, culturelles et environnementales. 
On peut s’attendre à ce que la situation se dégrade largement, et que cela soit suivi de nombreuses directives pour s’aligner notamment sur le marché et la législation nord-américaine, au profit des grands monopoles (Nord-américains et européens, le Tafta est très suivi par des grands groupes tels que Monsanto, Dow chemical, etc, prêts à s’abattre tels des rapaces sur l’Europe, tandis que les multinationales européennes (Bayer, Syngenta, Sanofi, etc) espèrent pouvoir élargir leur accès au marché américain). 
De très nombreuses économies sont concernées: agroalimentaires, pharmaceutiques, aéronautiques, ferroviaires, automobiles, cosmétiques, numériques, textiles, culturelles, etc. 
Les nouvelles législations pour la libre-concurrence devraient amener de nouvelles privatisations, et réduire au minimum les services publics. 
Internet aussi sera atteint, via ses logiciels libres, les « open source », avec le renforcement des brevets, des marques et des droits d’auteurs, dans la droite ligne d’Acta, Sopa, Pipa, des lois dictées par le patronat à l’échelle européenne pour réduire nos libertés et nos cultures non-marchandes au nom de la « propriété intellectuelle » et en France à travers les lois HADOPI, LOPPSI. L’Union Européenne s’est toujours opposée aux cultures libres, populaires, oeuvres de toutes et tous.

Pour les capitalistes français-e-s et américain-e-s, ce sera l’occasion d’étendre leur expansion outre-atlantique et leur domination culturelle bourgeoise et réactionnaire.

 
Dans le plus grand secret là encore, d’autres négociations sont en cours avec de nombreux états, tels que le Japon ou le Canada. Là encore, sans mandat, rien ne fuite, dans le secret des affaires.
 

Ainsi, l’UE continue ses politiques secrètes et capitalistes. Après la directive sur le secret des affaires, qui traque les lanceurs d’alerte et interdit la divulgation d'informations d’intérêt public, sous prétexte de défense des intérêts privés, et des industriels, l’Union Européenne a mis en place une législation européenne complexe, dans le seul but de faciliter les activités économiques de ses multinationales.
L’UE organise donc le dumping social. Elle a par exemple créé les mesures du travail détaché, pour exporter à bas coût des mains d’oeuvres flexibles et mobiles. On retrouve ainsi des travailleurs/euses détaché-e-s sur tous les grands chantiers européens, dans des conditions d’extrême précarité et d’insécurité. 
Cette même Union européenne qui pille actuellement la Grèce, qui divise l’Ukraine, pour les intérêts de ses impérialistes, ne peut être qu’un ennemi des peuples. 
La Troïka organise les attaques incessantes contre la classe ouvrière et soutien activement, et financièrement, la répression contre les luttes sociales d’un côté, les activités des multinationales de l’autre. 

Cependant pour l’OC-FR, si les gouvernement légitiment leurs mesures par les politiques européennes, cela ne les dédouane pas pour autant. 
Sortir de l’Union Européenne n’améliorera pas notre sort. 
Une partie de la bourgeoisie, au Royaume Uni comme dans l'Etat français, défend le protectionnisme face à la crise. Or, les barrières douanières sont un obstacle à la circulation des capitaux, facteur d'aggravation de celle-ci et des tensions inter-imperialistes. Ce n'est pas notre crise, c'est celle des capitalistes, mais nous ne nous laisserons pas entraîner par la bourgeoisie vers des solutions qui ont déjà prouvé être catastrophiques. Dans le capitalisme, il n'existe plus de solutions.
Sans l’UE, ces politiques continueront tout de même, car c’est l’intérêt des capitalistes et des impérialistes. En réalité l’UE n’est pour eux qu’un ressort de plus, et il ne faut pas oublier que derrière cette institution européenne, c’est bien les États impérialistes qui sont à la manoeuvre. L’UE n'impose rien aux états français ou allemands, ce sont ces pays qui imposent leur dictat en Grèce par-exemple. Ce sont donc ces États que nous devons prioritairement viser et combattre. Seul le socialisme nous sortira de là.

Une autre Europe n'est pas possible en contexte impérialiste, seulement une Europe des impérialistes. Elle ne tient que parce que leurs intérêts convergent et leurs intérêts sont de nous exploiter et de faire un maximum de profit, mais comme la bourgeoisie anglaise, notre bourgeoisie peut très bien décider que son intérêt se trouve ailleurs.

Rédigé par OC Futur Rouge

Publié dans #Impérialisme

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