Accord Sykes-Picot : 100 ans plus tard, c'est la guerre, les carnages, les massacres

Publié le 15 Mai 2016

Accord Sykes-Picot : 100 ans plus tard c’est la guerre, les carnages, les massacres !
 
Il y a un siècle, les impérialistes français et britanniques signaient le 16 Mai 1916 un accord secret, que l'on nomme du nom de ses deux principaux négociateurs, le britannique Sykes et le français Picot. C’était un partage impérialiste du Proche Orient entre la France et l’Angleterre qui se partageaient l’ancien Empire Ottoman en prévision de l'après-guerre. 
 
 
L'Empire ottoman avait jeté ses dernières forces dans l'extermination d'un million et demi d'Arménien-ne-s et dans la répression de la révolte arabe, révolte encouragée en sous-main par l'Impérialisme britannique et ses agents (dont le fameux T.E Lawrence) contre la promesse mensongère d'un Etat arabe. Mais malgré toute leur démagogie sur le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, les impérialistes ne voulaient que prendre la place du dominateur ottoman et de son allié allemand dans la région.
C’est la révolution victorieuse en Russie qui a permis la révélation de ces accords secrets, le texte du traité ayant été découvert par les bolchéviques dans les archives du ministère des affaires étrangères.
100 ans plus tard, nous voyons les conséquences de ces négociations impérialistes.
 
 
Pour notre organisation, l’OC-FR, il est important de rappeler que la situation d’aujourd’hui, au Proche-Orient, est, pour une grande partie, le fruit pourri des manoeuvres impérialistes. 
Pour mener nos luttes anti-impérialistes et de solidarité avec les peuples du Proche, du Moyen Orient et de l’Anatolie, nous devons rappeler la responsabilité historique des impérialistes, en particulier français.
De la Mer Noire à la Mer Rouge, de la Méditerranée à l’Océan Indien, les puissances impérialistes de l’époque ont tracé des frontières à leur convenance.
En Avril 1920, cet accord est définitivement formalisé par les impérialistes avec la bénédiction de la Société des Nations lors de la conférence de San Remo, en Italie, puis intégré au traité de Sèvres. Dès lors l’état français gère officiellement le Liban et la Syrie. La Grande Bretagne contrôle l’Iraq, le Koweït, la Palestine et la Jordanie. Ils ont morcelé les territoires. Des monarchies et des gouvernements fantoches sont mis en place comme en Jordanie. C’est aussi les prémices du projet sioniste porté par les impérialistes en Palestine, particulièrement la Grande Bretagne qui lui apporte son soutien par la déclaration Balfour de 1917.
En revanche, la création d'un Etat kurde et la restitution de territoires anatoliens à l'Arménie, initialement prévus par le traité de Sèvres seront remis en cause en 1923 par le traité de Lausanne. La bourgeoisie française escomptait d'importants contrats avec la nouvelle République Turque pour la construction de chemins de fer. C'est le président du conseil français Clémenceau qui utilisait les Arménien-ne-s (survivant-e-s du Génocide de 1915) et les Kurdes (désormais divisé-e-s entre quatre Etats) comme une monnaie d'échange. L'Etat turc acceptait en contrepartie le démembrement de l'Empire ottoman et le nouvel ordre impérialiste. 
 
L’OC-FR soutient la lutte des peuples qui dénoncent encore aujourd’hui les conséquences de ces négociations entre impérialistes. En redessinant la carte du monde, en séparant les peuples, en créant de nouvelles frontières, de nouveaux Etats (le Liban par exemple) sans légitimité populaire, les états français et britanniques ont crée le chaos. Ils ont aussi trahi leurs promesses faites aux peuples arabes en 1916, spolié les peuples kurde, arménien, arabe palestinien.
L’enjeu était de taille pour eux, il s’agissait d’asseoir leur contrôle sur des régions pétrolières et d’assurer leur approvisionnement énergétique. Il s’agissait aussi de sécuriser la route vers le reste de l’Asie et un débouché sur l’Océan Indien. Pour la France, le contrôle des littoraux est donc nécessaire. (Ce sont ces mêmes enjeux qui aujourd’hui dominent encore dans le conflit Syrien et lors des deux guerres du Golfe en Iraq).
 
Un siècle de lutte contre ces accords !
 
Les frontières d’aujourd’hui, les conflits d’hier et d’aujourd’hui sont le résultat de ces politiques impérialistes. De nombreux mouvements politiques, certains réactionnaires, d’autres progressistes ont tiré leur légitimité du rejet de ces accords. C’est le cas en Anatolie du kémalisme, dans le monde arabe du panarabisme et du baathisme.
 
En semant l'humiliation, l'impérialisme a engendré des monstres.
L’État Islamique proclame abolir la frontière entre la Syrie et l’Iraq, tracée artificiellement par les impérialistes français et anglais. Après la prise de Mossoul, l’EI crée sur twitter le hashtag #SykesPicotOver. Il s'agit de surfer sur le ressentiment des peuples contre la division semée par les impérialistes, tout en augmentant encore la division et le chaos. 
Pour l’OC-FR, Daesh est une émanation directe de Sykes-Picot et de l’impérialisme. Mais cette propagande montre bien le rejet total des politiques impérialistes en Iraq et en Syrie dans la population, et à quel point il est important pour les forces en lutte de se légitimer et de se positionner par rapport à cette histoire coloniale.
Nous, prolétariat des métropoles impérialistes et peuples du monde, n'avons pas d'intérêt à de tels accords, qui entraînent la guerre, le chaos, la misère, dont les seul-e-s à tirer profit sont les impérialistes. Ils se partagent le monde, créent des frontières en les traçant sur une carte et nous entraînent vers toujours plus de barbarie.
 
L’impérialisme a aussi crée les conditions propres à sa défaite. Du rejet de sa domination nait aussi les résistances nationales et révolutionnaires qui s’organisent, comme au Kurdistan et en Palestine. Là où l'impérialisme opprime, il trouve en face de lui des femmes et des hommes prêt-e-s à combattre, il trouve des forces qui refusent de se laisser entraîner dans la guerre civile inter-confessionnelle et inter-communautaire. Au Kurdistan comme en Palestine, les peuples résistent à l'impérialisme. Les tentatives de déstabilisation du Liban menacent les réfugié-e-s palestinien-ne-s. Le peuple kurde combat Daesh, accueille celles et ceux qui fuient la guerre tout en faisant face au terrorisme et aux forces militaires turques. 
Nous dénonçons la présence militaire de la France dans la région, les bombardements français, nous n'avons pas confiance dans les impérialistes qui ont semé le chaos pour arrêter la guerre civile qu'ils ont eux même largement fomenté. Nous soutenons à notre mesure le peuple kurde. Nous participons aux initiatives anti-impérialistes en France et appelons à renforcer les mots d'ordre anti-impérialistes. Loi travail, Etat d'urgence ici, bombardements, troupes françaises, espions là bas. 
 
L’OC-FR soutient les revendications nationales des peuples qui luttent pour leurs droits à un état démocratique, laïc, multiconfessionnel et multiculturel. Nous soutenons les peuples Palestinien et les autres peuples arabes, les peuples kurde, arménien, Yézidi, alévi, syriaque. Nous saluons les progrès révolutionnaires portés dans la lutte, en particulier au Rojava, où les kurdes et leurs alliés arabes et syriaques se battent contre Daesh.
Nous ne serons pas de ceux et celles qui fêteront l'anniversaire d'un accord génocidaire, mais nous sommes de ceux et celles qui souhaitons la défaite des impérialistes et de leurs projets dans le monde !
Nous considérons qu'ici, il est impératif de lutter contre l'impérialisme français, l'un des plus actifs dans le monde, belliciste et dangereux. Nous regrettons qu'il n'y ait plus de mouvement antiguerre massif, et souhaitons sa reconstruction. Dans ce sens l'OC-FR salue les initiatives du Comité national "ni guerres ni état de guerre" et nous appelons les individu.e.s et organisations progressistes, sincèrement anti-impérialistes à soutenir ce comité. Il est urgent d'obtenir des victoires politiques contre l'impérialisme français, qui seront autant de défaites de l'état français.
 
 
 
Ces frontières tracées par Sykes-Picot n'ont rien d'inéluctable. La lutte du peuple Kurde nous le montre. Nous soutenons sans réserve les organisations révolutionnaires kurde et le projet politique du Rojava. À Kobané, nous soutenons la reconstruction de la ville, et soutenons concrètement les aides internationalistes.
 
 
À Sinjar aussi, nous espérons que les Yézidis pourront très vite se reconstruire un avenir, loin de Daesh et des bombes de la coalition. Nous souhaitons voir les peuples arabe, syriaque, arménien, s'unir sur des bases démocratiques, dans le respect de toutes les cultures, et reprendre le contrôle de leur vie.
En Turquie, le gouvernement mène une guerre ouverte au peuple Kurde, avec la complicité des impérialistes européens et américains. Ce sont des alliés objectifs de Daesh. La Turquie est pour les impérialistes européens et nord-américains l'un des meilleurs garants, du maintien de leurs intérêts au Proche Orient, établis depuis Sykes-Picot.
Nous admirons la résistance kurde et son courage politique qui transforme la géographie des montagnes de Turquie, d'Iraq, d'Iran et de Syrie. 
En Palestine, l'actualité est toujours aussi dense. Le peuple palestinien aussi lutte avec les moyens qu'il a, et nous soutenons sans réserve leur combat qui est aussi le nôtre. L'état Israélien continue à mener la répression, agressant militairement encore ces derniers jours Gaza, et détruisant des tunnels qui permettaient de contourner le blocus. Là aussi, nous sommes persuadés qu'un jour le peuple palestinien effacera les frontières réactionnaires.
 
 
À bas Sykes-Picot
À bas l’impérialisme français !
Solidarité internationale !
 
Accord Sykes-Picot : 100 ans plus tard, c'est la guerre, les carnages, les massacres

Rédigé par OC Futur Rouge

Publié dans #Impérialisme, #Syrie, #Turquie, #kurdistan, #Kobane, #France, #International

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