Après le massacre de Suruç (Piruse): renforcer la solidarité avec le Rojava

Publié le 23 Juillet 2015

 
Après le massacre de Suruç (Pirusê): renforcer la solidarité avec le Rojava !
 
Le 26 Janvier, la libération de Kobanê par la résistance Kurde et ses allié-e-s, après plusieurs mois de siège par Daesh suscitait l’enthousiasme des progressistes du monde entier.
Cette bataille, qui avait vu l’affrontement de deux conceptions du monde diamétralement opposées, avait été salué comme un deuxième Stalingrad (selon l’expression des combattant-e-s Kurdes eux/elles-mêmes ).
A l’époque, nous avions présenté cette victoire non comme une simple victoire du peuple kurde mais comme une victoire des peuples du monde entier.
Nous reprenions l’analyse du principal dirigeant politique de la résistance, Saleh Muslim, qui soulignait la participation à la victoire des différentes communautés de Kobanê (Arabes, Arménien-ne-s...) mais aussi de combattant-e-s internationalistes venus leur prêter main forte.
Comme Stalingrad, Kobanê était en ruine, mais elle avait tenu bon. Son existence était un affront et un défi aux milices de Daesh, comme la vie est un défi à la mort. 
Le 25 Juin, une colonne motorisée de Daesh passait la frontière turque pour perpétrer un massacre dans les quartiers périphériques de la ville : 200 mort-e-s en quelques heures. 
Il ne s’agissait pas de reprendre pied dans la ville, mais d’infliger la plus grande souffrance possible aux habitant-e-s de Kobanê pour les punir d’avoir gardé la tête haute.
Ce massacre n’aurait pas été possible sans la complicité de l’Etat turc qui sait contrôler ses frontières quand il s’agit d’empêcher l’établissement d’un corridor humanitaire entre Kobanê et le Kurdistan de Turquie (Bakur).
Quelques jours plus tard, la résistance reprenait le contrôle de Tall Abyad, une des dernières villes du Kurdistan de Syrie (Rojava) contrôlée par Daesh.
L’Etat turc annonçait alors, par des canaux officieux, sa volonté d’envahir le Rojava, pour y établir une zone tampon et protéger ses petits chéris de Daesh contre les méchant-e-s « terroristes » des unités de protection du peuple (YPG) et des unités de protection des femmes (YPJ, unités féminines non-mixtes).
Comme les choses ne pouvaient pas être présentés aussi crûment, l’Etat turc invoquait des raisons humanitaires : les YPJ et YPG auraient brûlés des maisons appartenant à des Arabes et des Turkmènes provoquant un exode de populations civiles.
Quelques jours plus tard, le Président Russe Poutine menaçait d’envoyer l’armée Russe sur le territoire turc si l’armée turque rentrait sur le territoire syrien. La diplomatie turque entamait alors un rétropédalage pathétique.
Notons que la diplomatie française a soutenu cette idée d’une zone tampon, avancée par l’Etat turc depuis le début de la guerre en Syrie (2011), et surtout à partir de l’été 2012, au fur et à mesure que les trois cantons (régions) du Rojava se dotaient d’institutions autonomes. 
 
Le Rojava autonome est un démenti cinglant à la propagande turque sur le caractère chauvin et ethniciste de la lutte kurde. 
Loin de s’attaquer aux minorités turkmènes et arabes, les dirigeant-e-s du Parti de la Vie Démocratique (PYD) qui dirigent le processus politique ont tenu à associer étroitement ces minorités à l’ensemble de l’administration civile sur la base de leurs poids démographiques respectifs, ce qui permet de lutter contre l'éclatement confessionnel des peuples et des états, projet de longue date des impérialistes.
A chaque étape du processus, le consensus entre les différentes identités religieuses et culturelles est recherché.
Les principaux partis kurdes de Syrie, de Turquie, et d’Iran partagent l’analyse que la naissance d’un Etat-nation unitaire kurde serait contre-productif et porteur de nouveaux drames et de nouvelles épurations ethniques, dans un territoire qui est une mosaïque de communautés. Ils ne souhaitent pas toucher aux frontières nées des précédents traités internationaux (notamment celui de Lausanne, 1924). Ils souhaitent développer partout où c'est possible des espaces autonomes de coexistence des communautés, où chaque groupe puisse exercer pleinement ses droits démocratiques et développer sa culture (dans un esprit démocratique, pro-féministe et écologique). Ils considèrent que le dépassement des frontières ne peut venir que de l'élargissement de ce modèle au reste du Moyen-Orient.
 
Voilà ce que ne peut pas comprendre l’Etat turc, Etat unitaire, structurellement raciste et sexiste, fondé sur le génocide du peuple arménien et la spoliation de ses biensmaintenu par des massacres et des répressions contre les minorités nationales et religieuses. Derrière le fantasme d’exactions Kurdes contre les populations Arabes et Turkmènes, se cache une logique de victimisation propre aux états coloniaux qui justifient leurs crimes et leur répression par le danger imaginaire représentés par les groupes minorisés. C’est la logique des accusations en miroir qui ne reflètent que l’inconscient exterminateur de ceux qui les profèrent. 
 
De son côté l’Etat Français, également unitaire et structurellement raciste et sexiste (il a servi de modèle institutionnel et idéologique aux fondateurs de l’Etat turc) , voit lui-aussi d’un très mauvais oeil l’autonomie du Rojava qui gêne ses propres plans de démembrement de l’Etat syrien.
 
Le massacre survenu lundi 20 Juillet à Suruç est un nouvel épisode de la longue haine de l’Etat turc contre le peuple Kurde et ses allié-e-s progressistes qui accourent actuellement de Turquie et du monde entier pour reconstruire Kobanê et défendre le Rojava. 
Il s’agit d’isoler le peuple Kurde en brisant une solidarité internationale insoutenable pour l’Etat turc. 
 
Pour cela, une fois de plus, l’Etat turc a laissé agir Daesh pour mener à bien ses plans monstrueux tout en prenant un air dégagé.
Ce jour-là, alors que les jeunes progressistes et communistes turc-que-s et kurdes parlaient à la presse de la mission de reconstruction qu’ils/elles allaient effectuer à Kobanê, une voiture piégée a explosé, conduite par une jeune femme de 18 ans, simple chair à canon au service des cauchemars patriarcaux et féodaux nourris par les chefs nihilistes de Daesh.
L’explosion a fait 35 morts dans le centre culturel de la ville de Suruç (Pirusê) où nos camarades étaient hébergés.
Le même jour, une autre voiture piégée venue de Turquie explosait au sud de Kobanê, tuant son conducteur et deux combattants des YPG. 
Ces deux attentats font suite à d’autres. La veille, une des dernières ville d’Irak où Chiites et Sunnites coexistaient pacifiquement, a été attaquée selon le même mode opératoire.
Plusieurs locaux d’organisations de la résistance palestinienne à Gaza ont aussi subi des attaques du même type ce même-jour.
Le Hamas et le Mouvement pour le Jihad Islamique Palestinien qui ont été spécifiquement ciblés, sont des ennemis privilégiés de Daesh qui considère la revendication d’un Etat Palestinien comme impie et idolâtre. Daesh nie l’existence du peuple palestinien. Daesh veut détruire la coexistence pacifique entre chrétiens et musulmans au sein de ce peuple en résistance. 
Ces attaques révèlent le vrai visage de Daesh, un instrument de division et de déstructuration des peuples au service des puissances impérialistes, des pétro-monarchies réactionnaires et de leur alliés sionistes. 
Chaque jour davantage les peuples et les communautés du Moyen-Orient, niés dans leur diversité, s’unissent pour balayer cette barbarie née du pourrissement de l’impérialisme et prônant la négation des peuples . 
 
Nous, communistes dans l’Etat Français exprimons notre solidarité aux habitant-e-s de Suruç. Nous savons la solidarité dont ils ont su faire preuve sous la direction de leur municipalité et notamment de la co-maire Fayza Abdi, pour accueillir deux vagues de réfugié-e-s: d'abord des Kurdes de confession yézidie, chassé-e-s des monts Sinjar (Kurdistan d’Irak) par Daesh à l’Été 2014, puis les familles des combattant-e-s de Kobanê à partir de l’automne. Aujourd’hui 20 000 réfugié-e-s vivent à Suruç. Les femmes yézidies, systématiquement violées par Daesh peuvent se reconstruire au sein de groupes de paroles non-mixtes encadrés par des soignantes. Un grand respect est également accordé à leur identité culturelle. 
En frappant dans cette ville, Daesh a voulu punir ces habitant-e-s de leur courage et de leur solidarité.
Nous avons une pensée particulière pour nos camarades tombés à Suruç alors qu’ils/elles allaient apporter leur solidarité à Kobanê. Ces hommes et ces femmes aimaient la vie. Pour la plupart de conviction matérialiste, ils/elles avaient tout leur bien sur Terre et n’escomptaient pas de récompense après leur mort. Ils/elles ont choisi en conscience d’assumer l’ensemble des risques de leur mission, précisément parce qu’ils/elles pensaient, comme l'avait écrit autrefois de sa prison le poète communiste Turque Nâzim Hìkmet que la vie n’était pas une plaisanterie et qu’il fallait la prendre au sérieux. Ils/elles sont mort-e-s pour défendre la vie, comme la communiste et militante LGBT afro-allemande Ivana Hoffmann (Avasin Tekosin Günes) morte en Février les armes à la mains pour défendre Rojava, bien qu’elle haïssait la guerre. 
Ivana Hoffmann a bien décrit l'état d'esprit des internationalistes dans sa dernière lettre: c'est plein d'amour et de reconnaissance envers la vie, plein d'amour et de reconnaissance envers celles et ceux qu'ils/elles aimaient qu'ils/elles ont fait ce choix. Ils/elles se sentaient responsables envers leurs proches, mais aussi envers tous les peuples du monde. 
Ces camarades ont été les plus grand-e-s amoureux/euses de la vie. Ils/elles l’aimaient dix-milles fois plus que les nihilistes de Daesh n’aiment la mort et c’est pour cela que leur cause triomphera car la vie triomphe toujours.
La bourgeoisie cherche à nous inculquer la philosophie de Ponce-Pilate : elle nous enjoint à ne «  pas jouer les héros » et à appeler la Police quand nous sommes témoin d’un meurtre ou d’un viol alors que nous savons que la Police ne viendra pas à temps, ou qu’elle s’en fout. Nous devons refuser les symétries odieuses que la bourgeoisie cherche à établir entre celles et ceux qui viennent du monde entier pour détruire le Moyen-Orient avec Daesh et celles et ceux qui viennent du monde entier pour aider à reconstruire Kobanê et à construire un Rojava démocratique, pro-féministe et écologiste. Depuis 2011 nous sommes témoins quotidiennement de centaine de milliers de meurtres et de viols perpétrés en Syrie et en Irak par les milices réactionnaires et nous n’attendons plus rien du gendarme impérialiste qui porte une responsabilité écrasante dans cette situation. Nous attendons tout de la solidarité internationale des peuples et nous devons en prendre la tête.
Les camarades tombés à Suruç doivent vivre dans notre coeur. De nous seul-e-s dépend la pérennité de leur action. Nous devons renforcer partout où nous sommes les collectifs de soutien à Kobanê et au Rojava.
 
Pour notre organisation, il est impératif que se construise un mouvement de solidarité anti-impérialiste là où nous militons. C’est notre responsabilité et c'est ce à quoi nous nous attelons. Il ne s'agit pas d'"exotisme révolutionnaire": c'est une lutte internationale, nous avons tou-te-s à apprendre pour notre propre lutte contre notre propre bourgeoisie de la lutte du peuple kurde, des femmes kurdes et de leurs allié-e-s. Nous avons tou-te-s intérêt à leur victoire, comme autrefois à la victoire de la République espagnole contre les fascistes, comme ailleurs à la victoire du peuple palestinien ...
 
Vive la lutte des peuples du Moyen et du Proche Orient !
Solidarité internationale anti-impérialiste !
 
Après le massacre de Suruç (Piruse): renforcer la solidarité avec le Rojava

Rédigé par OC Futur Rouge

Publié dans #Turquie, #Répression, #Kobane

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