Déclaration de l'OCFR suite à la manifestation du 11 Octobre à Paris

Publié le 13 Octobre 2014

Hier, s’est tenue une manifestation à Paris en solidarité avec Lucie. Nous sommes d’ailleurs plutôt satisfait-e-s, car certes, de mobiliser est difficile, long, pénible, mais les attaques destructrices ont été plutôt rares et que cette manifestation aie eu lieu, que d’autres initiatives aient lieu, que des solidarités se créent, se recréent, s’approfondissent est positif.

Nous souhaitons néanmoins repréciser certaines choses.

Nous le répétons encore une fois, si nous avons mis autant de temps à parler, c’est de notre responsabilité collective.

Lucie a mis du temps à nous en parler, à nous, déjà, parce qu’elle n’avait pas confiance en nous, qu’elle n’était pas sûre qu’appartenir à la même organisation que nous signifiait qu’elle recevrait de la solidarité, que nous serions prêt-e-s à affronter la violence des faits, que nous ne les minimiserions pas.

Lucie avait raison d’avoir peur, car ça a été un cauchemar dans notre organisation et notre entourage politique proche lorsqu’elle a parlé : nous avons du essuyer trois mois et demi d’attaques, alors que nous étions affaibli-e-s par les contrecoups moraux du crime fasciste dont elle a été victime, contrecoups moraux qui étaient l’un des objectifs de ce crime.

Nous savions d’expérience ce qui allait se passer quand nous allions nous exprimer publiquement.

Nous savions que le fait qu’elle ne porte pas plainte serait l’occasion pour certaines féministes de se désolidariser, que certain-e-s la rendraient responsable des potentielles futures exactions de ce fasciste. Nous savions aussi que conserver son anonymat serait un point d’appui pour nier la véracité des faits voire l’existence même de notre camarade.

Mais si elle avait porté plainte, si nous avions levé l’anonymat, là encore, nous aurions été attaqué-e-s, parce que le comportement des femmes violées est toujours disséqué, scruté, à la recherche de la faille qui permettra de les attaquer afin de les détruire.

Par contre, nous ne nous attendions pas vraiment à ce qu’on refuse de « nous faire de la pub ». Nos solidarités n’ont pas de barrières organisationnelles et idéologiques, ne se limitent pas aux militant-e-s, d’ailleurs. Face aux violences sexistes, racistes, fascistes, islamophobes, nous essayons de faire notre travail.

Nous ne pensons pas que notre secte militante, secte militante parmi les autres sectes militantes, doive éliminer les autres parce qu’elle est la seule à détenir la vérité absolue qui mènera à la révolution. Nous pensons que l’autocritique est essentielle et espérons que celle que nous réalisons en ce moment sera entendue et servira à d’autres. Nous avons toujours été à la recherche de l’unité (et à chaque fois nous y sommes cassé-e-s les dents). Pour nous, la ligne politique prime sur l’organisation, et nous n’avons jamais hésité à briser nos outils organisationnels quand nous considérions que des contradictions devenaient trop profondes. Et nous le ferons de nouveau si nécessaire.

Nous ne prétendons pas du tout non plus être des héros et des héroïnes de la lutte anti-sexiste et de la lutte antifasciste.

Pourquoi des mobilisations en mixité

D’ailleurs, ce n’est pas de la théorie que nous partons pour construire cette mobilisation, mais de nos besoins psychologiques, de ce que nous ressentons dans nos tripes. Nous comprenons que cela puisse apparaître problématique à certaines que la manifestation aie eu lieu en mixité.

Nous ne voulons pas d’une non-mixité totale parce que nous ressentons le besoin d’une validation par le milieu antifasciste, par nos camarades de lutte et amis masculins du fait que ce qui c’est passé, c’est un crime fasciste.

S’il y a bien une chose que connaît le milieu antifasciste, c’est la violence, malheureusement. Et face à un viol, il y a deux lignes de démarcation, une ligne de démarcation féministe, et une ligne de démarcation par rapport à la violence et au fait de l’affronter.

Le milieu antifasciste est un milieu plutôt masculin, qui n’est pas exempt de travers sexistes, mais vu la façon dont les choses se sont déroulées chez nous, les leçons de morales féministes, nous ne nous en sentons pas d’en faire.

Du sexisme, du racisme, du classisme, de l’islamophobie, de la putophobie, du social-chauvinisme, nous en voyons partout autour de nous, chez nous. Il n’y a que des oppresseurs et des oppresseuses à l’aise dans leur rôle d’oppresseurs et d’oppresseuses qui peuvent se prétendre parfait-e-s.

Pourquoi la mobilisation doit partir des femmes

Ce sont les femmes qui sont victimes de viols, et ce sont les hommes qui violent. Lorsqu’un homme cis-genre ou non est violé, c’est pour être renvoyé au statut socialement dégradant de femme.

Comme l’a expliqué hier à Paris une camarade de l’AG féministe qui a organisé la manifestation, nous avons été sidérées par le nombre de femmes qui nous ont affirmé avoir elles aussi été victimes de viols lors des diffusions de tracts. Le caractère de masse du viol ne pouvait que nous sauter aux yeux dans toute sa violence systématique. C’est une question politique qui se traite collectivement.

Et dès le départ, en terme organisationnel, c’est vers les femmes que nous nous tournons. Mises en concurrence, chassées de l’espace public, économiquement bien souvent encore dépendantes des hommes, les femmes sont isolées. Elles sont également isolées face aux violences du patriarcat, face à leurs entourages qui les poussent au silence, nient, minimisent les faits, les culpabilisent, les rejettent, les considèrent comme dégradées, brisées.

Face au risque que la parole de l’une donne le courage à d’autres de parler, face au risque de devoir remettre en cause les rapports de pouvoir qui existent au sein de la famille, du groupe d’ami-e-s, de l’organisation, il faut réprimer la parole des femmes violées.

S’organiser entre meufs et trans, c’est briser l’isolement, se rendre compte que les violences que nous subissons individuellement sont des outils d’une répression systématique. C’est aussi la première étape permettant d’affronter le patriarcat ensemble.

Nous ne pensons pas que les victimes de viol se doivent d’être fortes, nous ne pensons pas, d’ailleurs, qu’on doive donner d'injonction quant à la façon dont une victime vit et traverse son traumatisme. Mais nous pensons que le collectif donne de la force. Nous savons que ce n’est pas parce que nous manifestons contre le viol que les viols s’arrêteront, par contre il apparaît évident que les solidarités que nous créons sont à mêmes de faire réfléchir à deux fois un potentiel agresseur.

Voilà pourquoi il est important pour nous de construire des espaces où les femmes et les trans sont libres de s’organiser, de déterminer leurs mots d’ordres et leurs types d’actions. Nous espérons que des femmes et les trans se saisissent de cette lutte et créent des solidarités pérennes.

Le vieux monde craque de toute part

Le capitalisme, crises après crises, ne peut plus apporter que davantage de chaos, de violences, de misère, de souffrance, de guerres.

Les guerres se multiplient car la crise affame les capitalistes : pour contrôler marchés, zones stratégiques et matières premières, ils sont prêts à sacrifier des millions de vies humaines. Au Proche Orient, en Afrique, en Ukraine, partout, les impérialistes violent et tuent.

Nous vivons dans un pays qui profite de l’impérialisme, mais nous n’en sommes pas moins nous aussi confronté-e-s à une vaste offensive contre nos droits sociaux, démocratiques. Nos rues sont sous occupation policière. Nos manifestations sont réprimées, interdites, quand le PS laisse traîner le vote du mariage pour tou-te-s à dessein, afin de mobiliser une opposition réactionnaire. Propagande islamophobe, raciste d’un côté, propagande complotiste de l’autre, tout cela afin de nous diviser, orienter nos luttes et nos révoltes dans le mur. Violences fascistes, policières, racistes, islamophobes, morts, tortures, viols.

A côté de cela, le patriarcat aussi a fait son temps. Nos familles sont recomposées, les mères célibataires élèvent seules dans la galère leurs enfants, lesbiennes, trans et gays veulent vivre leurs vies. C’est parce que nous savons et ressentons que le patriarcat est devenu un carcan pesant et inutile que sa violence nous paraît de plus en plus insupportable. De nouveaux rapports entre hommes et femmes, de nouvelles formes de solidarités familiales se dessinent, mais le patriarcat résiste et ce n’est pas spontanément ni sans une révolution que nous nous en débarrasserons.

Inutile d’espérer des lendemains heureux dans le système capitaliste, inutile aussi d’espérer qu’il s’effondre tout seul. Nous sommes tous et toutes conscientes des désastres qui se profilent et de la nécessité de mettre fin au capitalisme. Nous sommes très loin d’être à la hauteur de ces tâches, le mouvement révolutionnaire dans l’Etat français ne pèse pas grand-chose aujourd’hui dans la lutte des classes. Reconstruire ce mouvement révolutionnaire nous paraît une tâche essentielle, à laquelle nous souhaitons contribuer avec humilité.

Déclaration de l'OCFR suite à la manifestation du 11 Octobre à Paris

Rédigé par OC Futur Rouge

Publié dans #Paris, #Antifascisme, #Féminisme

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Groupe de supervision 14/10/2014 05:20

Je vous approuve pour votre critique. c'est un vrai exercice d'écriture. Poursuivez