Avec le peuple kurde, contre l'impérialisme, le fanatisme et la réaction intérieure

Publié le 24 Août 2014

Dix ans après la guerre impérialiste de 2003 qui était censé les "libérer", les peuples d'Irak s'enfoncent un peu plus chaque jour dans le cauchemar.

 
Le gouvernement du chiite Nouri Al Maliki a mené une politique discriminatoire à l'égard des populations arabes sunnites. Profitant de la colère de ces populations, un front constitué de djihadistes de l'Etat Islamique en Irak et au Levant (EI), d'anciens cadres du régime et de dignitaires féodaux ne cesse de gagner du terrain. Dans ce contexte, l'EI multiplie les atrocités contre les populations chiite, turcomane, chrétienne et kurde yézidie. 
 
Pour faire face à la démotivation totale de l'armée régulière, l'ex-gouvernement Al-Maliki a armé des milices chiites qui "défendent Bagdad" en commençant par y massacrer les personnes prostituées.

Au milieu de ce chaos, le Kurdistan d'Irak pratiquement indépendant apparaît comme un îlot de stabilité et de coexistence pacifique entre les populations. C'est d'ailleurs plus la marque de l'histoire que de l'action consciente du gouvernement local dirigé par Massoud Barzani et son Parti Démocratique du Kurdistan (PDK).
 
Majoritairement sunnite, le peuple kurde comprend en son sein différentes minorités (chiite, alévie, chrétienne, yézidie...)...Le peuple kurde a su, dans son immense majorité tirer les leçon des tentative d'instrumentalisation de ces identités religieuses multiples par les différents Etats qui se partagent le Kurdistan (Irak, Turquie, Syrie, Iran) et se définir d'abord par rapport à l'oppression nationale commune subie.
 
 Le PDK: de la lutte à la collaboration avec l'impérialisme et la réaction
 
Aujourd'hui, si l'impérialisme arme les combattant-e-s peshmergas du Kurdistan d'Irak, c'est parce que le PDK au pouvoir a su lui donner tous les gages de docilité nécessaire. 
 
Le PDK est actuellement lié aux partis démocrates-chrétiens européens (comme le MODEM de François Bayrou ou le PNV basque). Il a été fondé par le père de son actuel dirigeant, Mollah Mustafa Barzani, ministre de la guerre de l'éphémère République Socialiste de Mahabâd, fondée en 1946 dans le Kurdistan d'Iran. Réfugié en URSS de 1946 à 1958, Barzani-père assumait alors la lutte contre les structures féodales et patriarcale comme un préalable nécessaire pour libérer l'énergie du peuple kurde, émiettée dans de multiples systèmes de loyautés contradictoires, et la concentrer dans la lutte de libération nationale contre les Etats oppresseurs. 
 
En 1948, Barzani et les cadres qui l'ont suivi en URSS arrivent en Irak, où un coup d'Etat "progressiste" vient de renverser la monarchie. Mais les négociations sur une autonomie du Kurdistan tournent rapidement court avec le nouveau régime. De 1960 à 1975, il alterne les phases de guérilla et de négociation avec les différents régimes nationalistes arabes, tous soutenus militairement par l'URSS (et, de plus en plus, par l'Impérialisme français). Barzani se tourne alors vers l'Iran, en abandonnant les Kurdes d'Iran au régime fasciste du Shah pour préserver l'approvisionnement de sa zone libérée à la frontière des deux Etats. Il bénéficie également du soutien discret de la Chine maoïste, qui lui fournit des armes. 
 
Au cours des années 60, le PDK renonce au marxisme-léninisme, il conclut des accords avec les différents chefs féodaux pour qu'ils fournissent des hommes à ses maquis. Il abandonne également la lutte antipatriarcale: la puissante Fédération des Femmes Kurdes cantonne ces dernière à un rôle d'"infirmières". Margaret George Shello, une militante assyro-chaldéenne qui a cru aux valeurs de la "révolution" et a pris les armes au côté des peshmergas, assurant un rôle éminent dans la guérilla, est assassinée en 1969 par un prétendant jaloux (à moins que ça ne soit en sous-main par la direction du PDK). En tout état de cause, le PDK laisse ce "crime d'honneur" impuni. Comme les "pétroleuses" de la Commune, son histoire (sur laquelle se greffe toutes sortes de légendes et de calomnies sexistes) servira d'exemple négatif. La lutte contre les "crimes d'honneurs" (féminicides) et les mutilations sexuelles est abandonnée au nom de la nouvelle conception de "l'unité du peuple kurde". 
 
L'aile gauche est purgée. Ses dirigeants les plus connus (Ibrahim Ahmad et son gendre Jalal Talabani) forment l'Union Patriotique du Kurdistan (UPK), qui se revendique du marxisme-léninisme et se lie avec la gauche arabe et notamment le FPLP palestinien. Tout en continuant à se proclamer l'aile antiféodale de la résistance kurde, l'UPK devient progressivement le représentant des chefs féodaux du sud contre ceux du nord, liés au PDK. Après quatre ans de guerre interne (1992-96), le PDK intègre l'UPK dans son appareil d'Etat. Après l'invasion américaine de 2003, Talabani accédera au titre (largement honorifique) de président de la république d'Irak. L'UPK, désormais liée à la sociale-démocratie européenne, s'est progressivement vidée de ses forces vives au profit de groupes plus progressistes, ou plus intransigeants sur la question nationale.
 
Lors de la première guerre du Golfe (1991), les combattant-e-s UPK et PDK ont abandonné leur population insurgée à la répression de Saddam, avant de venir cueillir les fruits de la victoire avec la bénédiction de l'Impérialisme.
Depuis le Kurdistan d'Irak est largement autonome, mais cette autonomie a un prix: les impérialismes ont sous-traîté au PDK (et dans une moindre mesure à l'UPK) une tache de basse-police: empêcher que le Kurdistan d'Irak ne devienne une base arrière pour les guérillas kurdes de Turquie, de Syrie et d'Iran.
Barzani entretient des liens chaleureux avec l'Etat turc. En 2013, en visite officielle en Turquie, il a participé à une misérable initiative de propagande de l'Etat turc, distribuant de l'argent pour encourager les mariages mixtes entre Kurdes et Turc-que-s...
 
PKK, PYD, PJAK: des forces progressistes qui inquiètent l'impérialisme et la réaction
 
Le parti des Travailleurs du Kurdistan, fondé en 1978 au Kurdistan de Turquie a repris et développé la première analyse du PDK (puis de l'UPK): la libération nationale kurde passe par la lutte antiféodale et antipatriarcale. Il a su donner à ces mots d'ordre un caractère concret, compréhensible par tou-te-s (comme le montre le très beau film du Kurde d'Irak Hiner Saleem, My sweet pepper land, sorti au début de l'année). Le PKK a officiellement abandonné le marxisme-léninisme en 2003 au profit d'une idéologie "confédéraliste démocratique" (mélange de socialisme libertaire, d'antisexisme et d'écologie). L'objectif marxiste-léniniste d'indépendance nationale a été remplacé par un projet de "confédération du moyen-orient", regroupement largement décentralisé de peuples autonomes où les Kurdes joueraient un rôle moteur et exemplaire. Toutefois, malgré les aggiornamentos théoriques et les compromis locaux, le PKK a continué à jouer un rôle principalement progressiste dans la Région. Ses objectifs "confédéralistes" ont été adoptés par les principales forces kurdes en Syrie (PYD) et en Iran (PJAK), ainsi que son modèle d'organisation d'inspiration maoïste: Parti, front populaire et forces armées.
Pour lutter contre la reproduction des rôles sexués traditionnels dans les forces armées, celles-ci ont été réorganisées sur une base de non-mixité hommes-femmes qui ont permis aux combattantes de s'affirmer de de façon autonome et de donner un modèle d'émancipation à la société traditionnelle kurde.  Dans la zones libérée de la Rojava (Kurdistan de Syrie), l'administration est confiée à des comités populaires respectant la parité entre toutes les communautés (quelque soit leur poids numérique, pour que la majorité ne lèse pas la minorité), mais aussi une stricte parité hommes/femmes.
 
Dans la Rojava, la lutte contre l'Etat Islamique et les autres groupes djihadistes et assuré par des groupes armés non-mixtes masculins et féminins (YPG/YPJ) liés au PYD.
La Rojava est aujourd'hui le meilleur contre-point à la gestion clanique du pouvoir par le PDK au Kurdistan. La résistance des YPG/YPJ contre les djihadistes, soucieuse de protéger l'ensemble des communautés est aussi le meilleur contre-point de l'action des peshmergas de Barzani.
 
Sur les tragiques événements de la région de Sinjâr
 

Nous savons que les crimes atroces perpétrés dans la région de Sinjâr par les djihadistes d'EI contre les Kurdes yézidi-e-s ont été la source d'une grande souffrance et d'une angoisse profonde pour nos ami-e-s et nos camarades kurdes.

Chaque personne progressiste autour du monde ne peut que partager la même colère face à cette campagne génocidaire, comme face au crimes massifs commis contre d'autres communautés (chrétien-ne-s, chiites, turcoman-e-s).

La destruction physique de la communautés Kurde yézidie visait par ailleurs à annihiler un pan entier de la culture kurde (car la pensée religieuse yézidie, de transmission orale, est une synthèse entre les croyances traditionnelles mazdéenne et zoroastrienne du peuple kurde et les monothéïsme chrétiens et musulmans). 

 
Nous avons été bouleversé-e-s d'apprendre les massacres, les viols de guerre systématiques, de voir les Kurdes yézidi-e-s poussé-e-s à l'exode dans les montagnes, les enfants réduits à manger de la terre...
 
Pourtant, le PDK de Barzani n'a pas fait grand chose pour empêcher ces crimes, c'est le moins que l'on puisse dire...Depuis plusieurs semaines, des combattant-e-s du PKK présent-e-s au Kurdistan d'Irak affluaient vers la ville de Sinjâr pour assurer la protection et organiser l'autodéfense des différentes communautés contre l'avancée des djihadistes. Ces militant-e-s ont été arrêté-e-s et enfermé-e-s par les peshmergas de Barzani.
La population civile a été désarmée par les peshmergas qui les ont littéralement livrées sans combattre aux djihadistes (après s'être apparemment livré à des négociations abjecte en proposant d'abandonner certaines communautés de Sinjâr aux djihadistes pour protéger certaines autres).
 
On sait par ailleurs les liens historiques qui lient le PDK à la communauté assyro-chaldéenne (chrétienne). Pourtant, selon certaines sources les peshmergas n'ont pas hésité à monnayer sa protection à leurs "frères assyriens" de Karaqosh en leur demandant de servir d'auxiliaire à l'expulsion des population arabes sunnites des villages voisins, supposées favorables aux djihadistes. 
 
La protection clientéliste et cynique assurée par le PDK et ses peshmergas aux minorités qui les soutiennent ne peut constituer une alternative sur le long terme au crimes génocidaires des djihadistes, même si aujourd'hui les survivant-e-s yézidi-e-s de la région de Sinjâr  s'enrôlent en masse dans les peshmergas, désormais armés par les impérialismes français et US. 
 
De même, les impérialistes US ne peuvent être un allié réel pour les peuples d'Irak, dix ans après avoir pillé le pays et semé le chaos...
Les djihadistes qui parachèvent aujourd'hui la destruction de l'Irak ont été massivement armés par l'impérialisme français pour détruire le régime syrien. Ils sont encore soutenus par la monarchie qatarie, amie de l'Impérialisme français et bénéficient au bas mot de la neutralité bienveillante de l'Etat turc. L'Etat turc prétexte de la nécessité de protéger ses 48 diplomates pris en otage par l'Etat Islamique dans son consulat de Mossoul pour ne pas intervenir en Irak et s'abstenir de tout commentaire. Il semble d'ailleurs que cette prise d'otage, ou les djihadistes ont fait preuve d'une surprenante modération, compte-tenu des méthodes sanglantes qui sont habituellement les leurs, ai été négociée en amont par l'Etat turc auprès de ses anciens protégés de l' EI pour lui fournir un motif de non-intervention.
En effet, l'Etat turc, de concert avec l'impérialisme français a accueilli, encadré et armé les combattants de l'Etat islamique et des autres groupes djihadistes pour détruire l'Etat syrien, mais aussi les foyers de résistance kurde en Syrie (et pourquoi pas en Irak).
 
L'Etat turc est comme l'idiot qui s'est soulevé une pierre et l'a laissé retombé sur son pied: les crimes des djihadistes ont soulevé les populations d'Irak et de Syrie contre eux, décrédibilisé son allié du PDK incapable de protéger ses minorités (les armes françaises et US ne lui rendront pas son prestige perdu) et permis la jonctions des forces armées du PKK, du PYD et du PJAK dans les zones frontières, jonction accueillie favorablement par des populations lasses du chaos et des massacres.
 
Aujourd'hui les Etats-Unis envisagent d'étendre cette "guerre" contre l'Etat Islamique à la Syrie. Au Wall Street Journal, la Maison Blanche explique ce samedi 23 août étudier le lancement de frappes militaires en Syrie, là où serait basé l'Etat Islamique, lui-même armé par l'impérialisme français.
 
L'OC-FR appelle à exprimer notre solidarité avec le peuple kurde et les autres peuples d'Iraq. Nous devons lutter contre l'impérialisme français et contre ses interventions militaires. En Iraq, en Syrie, en Lybie ou au Mali dernièrement, l'impérialisme français s'est montré comme l'un des plus agressifs actuellement. Ces alliés d'hier deviennent ses ennemis d'aujourd'hui, et les ennemis d'hier les alliés d'aujourd'hui au gré de ses intérêts et des jeux d'alliances qui servent les intérêts de son impérialisme. Ce comportement de girouette, particulièrement belliciste sont le fruit de la crise que subit cet impérialisme qui coûte que coûte cherche à maintenir ses positions au détriment des peuples opprimés.
 
Solidarité avec le peuple kurde et les autres peuples d'Irak contre l'impérialisme, le fanatisme religieux, et la réaction intérieure!
Solidarité avec la résistance kurde authentique (PKK, PYD, PJAK) et tou-te-s les progressistes d'Irak!
Avec le peuple kurde, contre l'impérialisme, le fanatisme et la réaction intérieure

Rédigé par OC Futur Rouge

Publié dans #kurdistan, #International

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